Une bonne petite fille ne doit jamais oublier que c'est à ses bons parents qu'elle doit son pain, son doux lit et ses beaux habits, et le privilège de rester à la maison et de ne pas aller à l'école quand elle dit qu'elle est malade. Elle doit donc respecter les petits travers et supporter les petites taquineries de ses bons parents, jusqu'à ce que ça devienne réellement insupportable.
Une bonne petite fille doit toujours témoigner une déférence marquée aux vieilles gens. Elle ne doit jamais tracasser les aïeux, à moins qu'ils ne la tracassent eux-mêmes les premiers.
Une bonne petite fille ne doit jamais, si sa maman l'a mise au pain sec, se venger de sa maman en lui cachant ses souliers de bal dans la fameuse cachette où une dame de la cour ne put jamais retrouver les siens, une fois, à Compiègne. Non! il vaut mieux tout simplement les donner à un pauvre aveugle, dans la rue.
Concernant les Femmes de Chambre
Contre toutes les femmes de chambre, quels que soient leur âge et la couleur de leurs cheveux, je déchaîne ma malédiction de célibataire.
Parce que:
Elles mettent toujours les oreillers juste du côté du lit où n'est pas la table de nuit; de telle sorte que, quand vous lisez et fumez avant de vous endormir (c'est l'ancienne et honorée coutume des célibataires), il vous faut tenir votre livre ou votre journal en l'air, dans une position fatigante.
Vous vous décidez à changer les oreillers de place, à la fin, naturellement.
Mais quand, le lendemain matin, elles trouvent les oreillers de l'autre côté du lit, la leçon ne leur profite pas. Elles vous en veulent. Glorieuses de leur pouvoir absolu, sans pitié pour votre faiblesse et votre abandon, elles refont le lit strictement comme la veille, et se réjouissent en secret des angoisses que vous cause leur tyrannie.
Et toujours, et toujours, et dans les siècles des siècles, elles remettent les oreillers où il ne faut pas. Elles ont, avec cela, un air de défi. Elles saturent d'amertume la vie que Dieu vous a donnée.