—Malheur!… Sais-tu ce que j'aurais fait à ta place? J'aurais ancré la carcasse au beau milieu de l'eau, et j'aurais crié: Cinq dollars, mesdames et messieurs! ou vous n'aurez pas votre négrillon!»
Réponse d'un Rédacteur en chef à un Jeune Journaliste
Oui, mon ami, les médecins recommandent aux écrivains de manger du poisson, parce que ça donne de la cervelle. Mais ce qu'il vous faudrait personnellement en manger, je ne saurais vous le dire au juste avec certitude.
Pourtant, si le manuscrit que vous venez d'apporter est un fidèle spécimen de ce que vous faites d'ordinaire, je me crois autorisé à vous répondre que, peut-être, une paire de baleines de moyenne grandeur serait tout ce qu'il vous faudrait chaque jour.
Pas de première grandeur; de moyenne grandeur simplement!
Pour guérir un Rhume
Il est bon, peut-être, d'écrire pour l'amusement du public; mais il est infiniment plus relevé et plus noble d'écrire pour son instruction, son profit, son bénéfice actuel et palpable. C'est l'unique objet de cet article. S'il a quelque efficacité pour rappeler à la santé un seul de mes semblables, pour rallumer une fois de plus la flamme de l'espoir et de la joie en ses yeux, pour rendre à son coeur désolé les vifs et généreux battements des beaux jours, je serai amplement récompensé de mon travail; mon âme pourra connaître alors les saintes délices qu'éprouve un vrai chrétien quand il a fait avec courage une action bonne et désintéressée.
Dans l'incendie de la Maison-Blanche, je perdis mon intérieur, ma félicité, ma santé et ma malle. La perte des deux premiers objets n'était pas de grande conséquence. On se refait aisément un intérieur, lorsque dans l'intérieur perdu il n'y avait ni mère, ni soeur, ni parente à un degré quelconque, pour vous rappeler, en rangeant vos bottes et votre linge sale, que quelqu'un au monde pensait à vous. Quant à la perte de ma félicité, ça m'était fort égal, par cette raison que, n'étant pas poète, la mélancolie ne pouvait longtemps cohabiter avec moi.
Mais perdre une bonne santé et une excellente malle, c'était infiniment plus sérieux.
Le jour même de l'incendie, ma santé succomba sous l'influence d'un rhume cruel, que j'attrapai en faisant des efforts surhumains pour recouvrer ma présence d'esprit. Du reste, ça ne me servit absolument à rien; le plan que je combinai alors pour éteindre le feu, était trop compliqué; je ne pus le terminer avant la fin de la semaine suivante.