Je découvris qu'il fallait voyager pour me rétablir. Je partis pour le lac Bigler, avec mon camarade, le reporter Wilson. Je suis heureux de me souvenir que nous voyagions dans le plus haut style. Mon ami avait pour bagages deux excellents foulards de soie et une photographie de sa grand'mère. Tout le jour, nous chassions, nous pêchions, nous canotions, nous dansions; et je soignais mon rhume toute la nuit. Par ce procédé, je réussis à obtenir un certain répit, un certain soulagement. Mais le mal continuait tout de même à empirer. C'est singulier, c'est incompréhensible.

Un bain-au-drap me fut recommandé. Je n'avais encore reculé devant aucun remède; il me sembla honteux, ridicule et stupide, de commencer le recul devant celui-ci. Donc, je résolus de prendre un bain-au-drap, quoique je n'eusse pas la moindre idée de ce que cela pouvait bien être.

Le bain me fut administré à minuit. Il faisait froid. J'avais la poitrine et le dos nus. On enroula autour de moi un drap trempé dans l'eau glacée. Maudit drap! il semblait qu'à y en eût cinq cents mètres. On l'enroula, on l'enroula jusqu'au bout, jusqu'à ce que je fusse devenu parfaitement semblable à un énorme paquet de torchons.

Vrai! c'est un cruel expédient. Quand le linge glacé touche votre peau tiède, ça vous fait bondir violemment; ça vous fait ouvrir la bouche comme un four, comme s'il vous fallait avaler un obélisque, comme si l'on allait perdre la respiration, à l'instar des agonisants. Ça me gela la moelle des os; ça m'arrêta les battements du coeur. Je crus mon heure venue.

Ne prenez jamais un bain-au-drap, jamais! Après la rencontre d'une connaissance féminine qui, pour des raisons connues d'elle seule, ne vous voit pas quand elle vous regarde et ne vous reconnaît pas quand elle vous voit, il n'y a pas de chose plus désagréable au monde.

Mais continuons. Le bain-au-drap ne m'ayant fait aucun bien (au contraire!), une dame de mes amies me recommanda l'application d'un emplâtre de graine de moutarde sur la poitrine. Je pense que, pour le coup, j'aurais été radicalement guéri sans le jeune Wilson. Quand je fus pour me mettre au lit, je posai l'emplâtre, un superbe emplâtre de dix-huit pouces carrés, sur la table de nuit, à ma portée. Mais le jeune Wilson se réveilla avec une fringale diabolique et dévora l'emplâtre, tout l'emplâtre. Jamais je n'ai vu personne avoir un pareil appétit. Je suis sûr que cet animal-là m'aurait dévoré moi-même, si j'avais été bien portant.

Après un séjour d'une semaine au lac Bigler, je me rendis à Steamboat-Springs, et, outre les bains de vapeur, je pris un tas de médecines les plus horrifiques qu'on ait jamais concoctionnées. On m'aurait bien guéri à la fin, on en était sûr; mais j'étais obligé de revenir en Virginie. Je revins, et, malgré une série très panachée de nouveaux traitements, j'aggravai encore mon malaise par toutes sortes d'imprudences.

Enfin, je résolus de visiter San-Francisco. Le premier jour que j'y passai, une dame me dit de boire, toutes les vingt-quatre heures, un quart de whisky, et un citoyen de New-York me recommanda la même absorption. Chacun me conseillant de boire un quart, ça me faisait donc un demi-gallon à avaler. J'avalai. Je vis encore. Miracle!

C'est dans les meilleures intentions du monde, je le répète, que je soumets ici, aux personnes plus ou moins atteintes du même mal, la liste bizarre des traitements que j'ai suivis. Elles peuvent en tâter, si ça leur fait plaisir. Au cas où elles n'en guériraient pas, le pis qui puisse leur arriver, c'est d'en mourir.

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