Cette guerre, qu'on voulait continuer malgré tout, lui semblait inepte et désolante. Il n'y avait plus d'armée. Comment résister aux innombrables envahisseurs? Pourrait-on les empêcher de mettre toute la France au pillage?
Bientôt ils seraient à Verval. Et alors, quel gâchis! Plus de sécurité pour les gens ni pour les biens!
Ah! comme il rabrouait les exaltés; comme il se gênait peu pour les traiter publiquement de fous!
Et comme il rabattait le caquet démocratique de Constant Fraisier, qui prêchait la lutte à outrance!
XII
L'ennemi, cependant, gagnait chaque jour du terrain. Le 2 octobre, Verval eut une première alerte. Des troupes allemandes apparurent au loin, dans la plaine, par grandes masses noires; et l'on vit les uhlans chevaucher de l'autre côté de l'eau. Mais on avait fait sauter le pont, et ce jour-là ils durent se borner à une promenade platonique.
Le surlendemain, un détachement d'infanterie occupa le hameau de Saint-Maxin, à droite de la Sorelle. Deux hommes, d'abord, traversèrent la rivière sur un arbre creux, et reconnurent l'endroit. Puis, ils firent un radeau sur lequel passèrent une quarantaine de soldats; et cette avant-garde s'établit dans une ferme, à l'angle formé par le confluent de la Sorelle et de l'Orle, afin de rétablir le pont, tant bien que mal, au plus vite.
Personne ne bougeait dans le bourg. Nul ne songeait à la défense; et les voitures où l'on avait entassé les armes de la garde nationale étaient déjà parties. Une compagnie de francs-tireurs les ramena. Le capitaine s'installa à la mairie, convoqua les autorités, déclara qu'il fallait résister, débusquer les Allemands de leur poste avancé. Il fit appel aux hommes de bonne volonté, distribua les fusils. Vainement le maire et quelques conseillers municipaux protestèrent de tout leur pouvoir; vainement se démena François Rouillon qui, sachant la méthode des Prussiens, redoutait les conséquences d'une pareille équipée.
«Les voilà bien, criait-il, ces bandits de francs-tireurs! Ils sacrifient tout, parce qu'ils n'ont rien à perdre. Ils ruineraient vingt départements pour faire parler d'eux.»
Les trembleurs eurent beau dire; ils ne purent obtenir qu'on se tînt tranquille. On attaqua au milieu de la nuit. L'ennemi, surpris, eut plusieurs hommes tués ou blessés et se retira précipitamment sur la rive droite, abandonnant ses travaux, qui furent anéantis.