L'enthousiasme causé par ce succès dura peu. On apprit la capitulation de Neuville-le-Fort. Les francs-tireurs gagnèrent les bois à la hâte, et bientôt un corps d'armée allemand, arrivant par la rive gauche de l'Orle, ouvrit sur Verval un bombardement préliminaire qui fit crouler le clocher et alluma plusieurs incendies. Puis des cavaliers verts et rouges, au casque à chenille, prirent possession de la place.
Comme Rouillon remontait de la cave où il s'était réfugié, il s'entendit appeler de la rue. Il s'avança sur le seuil et vit trois cavaliers ennemis, arrêtés devant sa maison.
«Me reconnaissez-vous? lui dit l'un d'eux en riant. Eh! eh! j'ai travaillé ici pour le roi de Prusse.»
En effet, sous l'uniforme des chevau-légers bavarois, Rouillon reconnut un ancien employé du chemin de fer, Karl Stein, qui avait passé plusieurs années dans le pays.
«Marche! lui cria cet homme, changeant subitement de façons. Tu seras notre otage. C'est la guerre.»
Il lui mit le pistolet sur la tempe; et les deux autres cavaliers, l'empoignant chacun par un bras, l'entraînèrent au trot de leurs montures.
XIII
L'infanterie allemande s'était cantonnée hors du bourg. Le chef avait établi son quartier général chez les Dufriche, à la Villa des Roses.
C'est là que fût mené Rouillon. On le poussa, les mains liées, dans la salle à manger, où plusieurs officiers étaient attablés autour d'un déjeuner copieux. Une femme les servait, Madeleine Cibre.
«Elle m'aura dénoncé!» pensa-t-il, en fixant sur elle un regard haineux.