Le plus âgé des officiers, celui qui paraissait le chef, se retourna à demi pour considérer le prisonnier.
«Qui êtes-vous? lui dit-il.
—François Rouillon.
—Vous êtes adjoint au maire, vous êtes un des plus riches contribuables. Votre devoir était de prévenir les actes de rébellion et de brigandage commis contre nous, l'autre nuit, dans votre commune. Vous en serez personnellement responsable, si les coupables ne nous sont pas livrés.
—Les coupables! mais ce sont les francs-tireurs. Ils ont quitté Verval.
Je ne puis vous en livrer un seul, moi!
—Vous dites tous la même chose ici; vous vous êtes entendus pour nous tromper. Vous mentez, comme le maire et les deux notables que je viens de faire enfermer dans le pavillon du jardin. Vos francs-tireurs, nous ne les avons pas vus. Ce sont les habitants qui ont tiré sur nous. D'ailleurs, quels que fussent les rebelles, il fallait les empêcher d'agir.
—Ah! j'ai bien fait tout ce que j'ai pu pour cela, je vous le jure!
—Toujours le même système! Mais je ne veux pas qu'on se moque de nous. Il importe que paysans et bourgeois perdent tout espoir de nous résister impunément. Nous avons eu trois hommes hors de combat. Si vous persistez tous dans votre silence, trois d'entre vous seront exécutés. Trois autres iront en prison au delà du Rhin. Vingt maisons seront brûlées. Je vous accorde un quart d'heure pour réfléchir. Allez.»
On emmenait déjà Rouillon. Mais il avait beaucoup réfléchi en quelques minutes.
«Mon commandant, dit-il à voix basse après s'être assuré d'un coup d'oeil que Madeleine n'était plus là, ne pourrais-je vous parler un moment en particulier.