—Pourquoi?
—Pour ne pas être entendu par tout le monde.
—Soit! Passez dans la pièce voisine; je vous y rejoindrai tout à l'heure.»
Le chef fit un signe aux soldats, leur adressa quelques mots en allemand, et Rouillon fut conduit dans un salon attenant à la salle à manger.
On l'y laissa seul, en attendant la fin du repas. Il put y poursuivre tranquillement ses réflexions.
Il n'entendait pas le moins du monde payer de sa vie, ou simplement de sa fortune et de sa liberté, l'absurde agression des enragés qui avaient agi malgré ses remontrances. N'était-il pas innocent? A tout prix, il fallait se tirer de cette mésaventure. Mais comment? Eh bien! en détournant l'orage sur d'autres que lui. Chacun pour soi? On se défend comme on peut.
Alors, qui sacrifier? Bah, n'importe qui! Pourtant il fallait faire un choix, donner des noms, et cela méritait quelque attention. Il baissa la tête et songea.
Quand il releva le front, une ironie sinistre luisait dans ses yeux. Ce qu'il cherchait, il l'avait trouvé.
XIV
Le commandant parut, suivi d'un jeune officier. La porte refermée, il se jeta sur le canapé, le cigare aux dents, et fit signe au prisonnier qu'il l'écoutait.