«Je n'ai pas menti, commença Rouillon d'une voix ferme. Les francs-tireurs ont fait le coup. Toutefois, la commune n'est pas complètement innocente. En cela, vous avez raison.
—Expliquez-vous.
—Le maire et les gens sensés se sont hautement opposés à tout fait de guerre. J'ai dit, moi-même, au capitaine des francs-tireurs, que c'était une lâcheté de compromettre pour rien une ville ouverte. Mais il ne cherchait sans doute qu'une occasion de se mettre en évidence; et les forcenés l'acclamaient. Que pouvions-nous faire? Protester et partir. Nous sommes donc rentrés chez nous, et nous n'avons pas vu ceux des habitants qui ont fait partie de l'expédition. Mais je puis, à coup sûr, vous en désigner trois, parce que ces trois-là se sont vantés de leurs exploits.
—Nommez-les.
—Victor Moussemond, le fils de l'huissier; Jean Savourny, l'instituteur, et Prosper Dufriche….
—Comment! le maître de cette maison où nous sommes!
—Non, son fils.
—Son fils! mais n'avait-il pas été blessé au commencement de la guerre, à Woerth? Il garde encore la chambre, nous a-t-on dit; et c'est à peine s'il peut marcher.
—Il n'est pas aussi faible qu'on le prétend. Il s'est fait conduire jusqu'au bord de la rivière. C'est lui qui, avec le capitaine, a tout dirigé.
—Vous en êtes certain?