«Il m'épousera peut-être. Que veux-tu que je fasse? Il est riche; et depuis qu'il m'a quittée, il m'aime davantage.

«Sa famille comptait le marier à une fille laide. C'était arrangé. Il a bien voulu, puis il n'a plus voulu. Il m'a écrit. Je ne lui ai pas répondu d'abord. Il est allé chez Albertine, un jour qu'il savait devoir m'y trouver. Il m'a priée, suppliée; il m'a parlé de l'enfant. J'ai pleuré tout un jour et toute une nuit. Te rappelles-tu? Tu me demandais ce que j'avais!

«Je l'ai revu; il m'a fait parvenir des bijoux, des fleurs, des billets de mille francs; il a envoyé de l'argent à ma mère. Il m'a tout promis. Hélas! c'est plus fort que nous.

«Si je t'écris toutes ces choses, entends-tu? c'est que j'ai confiance en toi, c'est que je sais que tu m'aimes bien. Mais je ne suis plus, je ne puis plus être à toi. N'essaie pas de me revoir. Tu me ferais de la peine; et tu t'en ferais pour rien. Tiens, je t'embrasse encore une fois comme je t'aime toujours. Je serai souvent triste en pensant à toi. Adieu, adieu, adieu.

«Ton amie,

«Hélène.»

III

Au moment où j'achevais de lire, Jeanne et André pénétrèrent dans ma chambre, gais comme le matin, fous comme un premier baiser, amoureux, radieux.

«Je vous supplie de me laisser seul, leur dis-je; je suis souffrant, très souffrant.»

Ils partirent, avec un étonnement mêlé de pitié. Et je m'enfermai, pour être malheureux à mon aise, pour me griser de ma misère, tout seul, le plus longtemps possible.