Voilà ce que vous avez gagné à raconter cela à un père de l'église, très indigne sans doute, mais toujours de bonne foi, faisant d'énormes fautes, mais sachant qu'il fait mal et se repentant éternellement.
Adieu, chère, humiliez-vous devant cette folle lettre. Attendez-moi à Fervaques vers la fin de juillet; écrivez-moi et écrivez à Fouché.
Mille choses aux amis.
À Madame de Custine, au château de Fervaques, par Lisieux,
Calvados.
Il faut avouer que, malgré cette dernière phrase, Chateaubriand, pour un père de l'Église, manque un peu trop de sérieux. Madame de Custine lui avait fait, sans doute, de la première communion de son fils un tableau médiocrement édifiant: Chateaubriand accepte son récit (et en cela il a tort); puis s'élevant à des considérations plus hautes, il lui reproche de n'avoir pas suffisamment préparé son fils à ce grand acte de la vie religieuse (et en cela il a raison).
Probablement il ne connaissait pas et n'avait jamais vu le prêtre que, sur le rapport de Madame de Custine, il traite si dédaigneusement, c'était l'abbé François Millet, qui, chapelain à l'époque de la Révolution, avait refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé. Il émigra en Angleterre et subit les dures années de l'exil, comme Chateaubriand lui-même, qui a pu le rencontrer sans le connaître dans les rues de Londres. Rentré en France le 13 Messidor an V (1er juillet 1797) après la Terreur, il fut installé curé de Fervaques le 22 Ventose an XI (13 mars 1803), et mourut le 23 juin 1807.
Rien ne prouve que cet ecclésiastique, qui a souffert pour la foi, soit responsable et du costume un peu rustique des petites filles en blanc, et de la mauvaise préparation du jeune marquis. Si cet enfant a fait sa première communion plutôt par devoir d'usage, que par religion, à qui la faute?
Madame de Custine ne montra pas, à ce qu'il paraît, un goût très prononcé pour le plan des Martyrs. Chateaubriand va lui répondre à ce sujet. Il n'en continuait pas moins son travail avec activité, puisque dès le 20 juin, il en lisait le premier livre à Champlatreux. Voici en effet ce que, à cette date, M. Molé écrivait à Joubert:
Chateaubriand est ici avec sa femme. Ils y sont fort aimables et d'une manière simple. Vous connaissez sans doute le premier livre des Martyrs de Dioclétien. Je l'ai entendu aujourd'hui avec grand plaisir.
Nous verrons par la lettre qui suit que Madame de Custine avait écrit à Fouché en faveur de Bertin, et que cette démarche produisit quelques promesses, qui restèrent sans résultat.