Fouché est mort dans l'exil, à Trieste, le 25 décembre 1820. Ses restes ont reposé dans le cimetière de cette ville, pendant plus d'un demi-siècle, à l'ombre de l'antique cathédrale byzantine de San-Giusto. Dans cet asile de paix et de miséricorde, une simple dalle couvrait sa tombe. Depuis, il a été exhumé et ramené en France par les soins pieux de sa famille; il a été inhumé, le 22 juin 1875 dans le cimetière de Ferrières, près des lieux où s'élevait le vieux château, aujourd'hui détruit, qu'il habita jadis aux jours de sa prospérité et des splendeurs éphémères de sa fortune.
CHAPITRE V.
Ambassade de Berlin. Koreff.—Voyage à Fervaques.—Ambassade de
Londres.—Voyage d'Astolphe en Angleterre.—Chateaubriand ministre des
affaires étrangères.—Démarches pour la Pairie.—Lettre à Madame de
Genlis.—L'infirmerie Marie-Thérèse. La belle Polonaise.
Chateaubriand, nommé ambassadeur en Prusse, partit le 1er janvier 1821 pour Berlin. Il ne fit qu'un séjour de courte durée dans cette résidence, revint à Paris, avec un congé pour le baptême du duc de Bordeaux, et le 30 juillet, M. de Villèle, alors son ami, ayant quitté le ministère, il le suivit dans sa retraite et donna sa démission.
Les Mémoires d'outre-tombe n'ont pas de pages plus intéressantes et d'un sentiment plus élevé que celles où Chateaubriand rend compte de sa vie dans la capitale de la Prusse, de l'accueil qu'il y reçut, des amitiés qu'il y forma. Parmi les portraits qu'il a tracés, il suffit de citer les noms de la duchesse de Cumberland, qui fut plus tard reine de Hollande, et qui voulut confier l'éducation de son fils, de Guillaume de Humbolt, «frère de son illustre ami le baron Alexandre», d'Ancillon, d'Adalberg de Chamisso. Nous ne pouvons nous y arrêter, mais nous devons reproduire les lignes suivantes consacrées à deux hommes que nous connaissons déjà par leurs relations avec Madame de Custine, le prince de Hardenberg et le docteur Koreff qui lui avait fait perdre la tête: «M. Hardenberg, beau vieillard, blanc comme un cygne, sourd comme un pot, allant à Rome sans permission, s'amusant de trop de choses, croyant à toutes sortes de rêveries, livré en dernier lieu au magnétisme entre les mains du docteur Koreff que je rencontrais à cheval, trottant dans les lieux écartés, entre le diable, la médecine et les muses.»
Dans sa correspondance officielle avec le ministre des affaires étrangères, M. Pasquier, Chateaubriand se vante de ne point faire, comme ses prédécesseurs, de petits portraits et d'inutiles satires: «Il a tâché, dit-il, de faire sortir la diplomatie du commérage.» Ces portraits et ces satires où il excellait, il les a réservés pour ses Mémoires! Il semble par ce qui précède, qu'il n'avait pour Koreff, l'ami de Madame de Custine, qu'une médiocre sympathie.
Rendu par sa démission à la vie privée, Chateaubriand retrouva-t-il à
Paris son amie de Fervaques? Nous n'avons rien de précis sur ce point;
nous savons seulement que Madame de Custine a passé cet été de 1821 en
Normandie et que Chateaubriand devait aller l'y voir.
La lettre suivante adressée à Fervaques démontre par ses termes mêmes que la correspondance n'avait pas été interrompue entre Chateaubriand et son amie; elle suppose, au contraire, l'échange de lettres antérieures qui n'ont pas été retrouvées. Le ton est le même, les formules d'affectueuse amitié sont les mêmes, et les voyages de Fervaques continuent comme par le passé; tout porte à croire que les relations sont restées très tendres.
Encore une espérance trompée! Je vous avais dit que j'irais vous voir après le 15 octobre; l'ouverture prochaine des chambres et du procès de Maziau vient tout déranger. Cependant, comme je m'accroche à tout dans la vie pour ne pas faire un complet naufrage, il serait possible que je fusse libre à Noël; mais n'aurez-vous pas quitté les champs? Vous êtes bien heureuse d'y vivre!
Mille tendresses aux amis, et même au vieux château. J'aime ses murs, ses eaux et son antique chambre de Henri IV (quoiqu'on m'ait un peu gâté le bon roi à force de m'en parler dans les derniers temps). À vous cet attachement qui vous poursuit partout et dont je vous accable depuis je ne dirai pas combien d'années.