Deux mois plus tard, vers la fin de juin, une double lettre de Madame de Custine et de son fils annonçait à Chateaubriand le voyage qu'Astolphe se proposait de faire en Angleterre et en Écosse. Il s'agissait, non pas, comme on l'a dit, d'une simple excursion de quelques jours pour que le fils rapportât à sa mère, que l'on suppose sans doute avec raison encore jalouse, des nouvelles de l'ambassadeur qui tardait trop à lui écrire, mais d'un voyage de plus de deux mois, du 20 juillet au 30 septembre, qu'Astolphe allait entreprendre.
Dès le 2 juillet, Chateaubriand répond à la lettre de Madame de Custine:
Londres, ce 2 juillet 1822.
Cette lettre répondra à la fois à Astolphe et à vous. Je me réjouis fort de l'arrivée du nouveau-venu. J'espère qu'il sera plus sage que moi et surtout plus heureux. Je serai charmé de voir Astolphe; j'aurais grand désir de l'accompagner en Écosse, mais les affaires me retiendront vraisemblablement à Londres. Il faut qu'Astolphe, en arrivant, descende chez Grillon, Albemarle Street, ou chez Brunet, Leicester Square, d'où il viendra chez moi; on lui trouvera un logement dans mon voisinage, et il déjeunera et dînera à l'Ambassade. S'il restait à l'auberge, il se ruinerait. Que vous êtes heureux de vous réunir dans le grand château au mois d'octobre! Que ne donnerais-je pas pour m'y trouver avec vous! Je suis comblé dans ce pays, mais j'aime mieux Fervaques.
À vous depuis longtemps et pour jamais. Mille choses à tous, sans oublier le petit Magot.
J'ai fait de mon mieux pour Julien et son compagnon de voyage.
Nouvelles lettres de Madame de Custine et d'Astolphe; nouvelle réponse de Chateaubriand.
Astolphe, partit vers le 20 juillet, laissant aux soins de sa mère à Fervaques, la jeune marquise de Custine sa femme, et son fils Enguerrand, âgé de six semaines. Il avait lui-même à cette époque 29 ou 30 ans. Il arriva le 22 à Boulogne où il passa quelques jours, et s'embarqua à Calais sur un bateau à vapeur. Après six heures d'agonie, par un gros temps, il arriva à Douvres. Pendant cette rude traversée, il eut des convulsions si affreuses qu'il perdit connaissance et que, s'il faut l'en croire, «il a été mort un instant». Il lui manquait cette qualité du voyageur que Chateaubriand, breton et malouin, possédait au suprême degré: il n'avait pas le pied marin.
Débarqué à Douvres, il prévint de son arrivée Chateaubriand, qui le même jour adressa à Madame de Custine la lettre suivante:
Londres, vendredi 26 juillet 1822.