Lamarck lui ayant offert un livre, Napoléon s'écria:

—Qu'est-ce que cela? C'est votre absurde météorologie! C'est cet ouvrage dans lequel vous faites concurrence à Mathieu Lænsberg, cet annuaire qui déshonore vos vieux jours; faites de l'histoire naturelle et je recevrai vos productions avec plaisir.—Ce volume, je ne le prends que par considération pour vos cheveux blancs. Tenez..... et il passa le livre à un aide de camp, sans l'examiner.

Vainement Lamarck insista pour faire remarquer qu'il y avait confusion et que le livre qu'il offrait était un ouvrage d'histoire naturelle; le despote insolent ne l'écouta pas et reçut la Philosophie zoologique, qu'en réalité l'auteur lui présentait, comme un annuaire de météorologie.

Le vieux philosophe naturaliste, affligé de cette brutale méconnaissance, versa des larmes, ajoute Arago.

L'injure gratuite, qui lui fut faite en cette circonstance, dut, en effet, lui être d'autant plus sensible qu'elle attestait que Bonaparte n'était pas moins ignorant du but que Lamarck poursuivait avec son annuaire météorologique, qu'incapable d'apprécier la Philosophie zoologique; car Lamarck s'est toujours défendu, dans toutes les préfaces de cet annuaire, de faire des prédictions; il n'a jamais voulu donner que des probabilités, résultant de l'observation des phénomènes correspondants des années précédentes; il proclamait bien haut et sans cesse, que l'objet de son annuaire météorologique était «de publier annuellement toutes les observations des physiciens météorologistes qu'il aurait pu recueillir, pendant l'année, ou au moins leurs principaux résultats, d'y exposer les siennes, et d'employer ces faits, sous les yeux même du public, à la recherche d'un ordre quelconque dans les principales variations de l'atmosphère en nos climats»[27].

En un mot, Lamarck voulait introduire la méthode scientifique dans les études météorologiques.

Il demanda et obtint qu'on établît, en différents points de la France, «une correspondance d'observations météorologiques détaillées et régulières, faites au moins trois fois par jour, dans chacun de ces points, et ensuite toutes ramenées à un point central pour y être mises en comparaison les unes avec les autres et en regard, avec les causes qui ont pu occasionner les faits que ces observations concernent, afin d'en pouvoir obtenir des résultats»[28].

Lamarck fut, un moment, chargé, par le ministre de l'Intérieur, de diriger cette correspondance et il eut ainsi, le premier, la conception de notre bureau central météorologique actuel et des observatoires régionaux qui lui sont rattachés.

Il a, de plus, émis l'idée des marées atmosphériques et du peuplement de l'air par des germes microscopiques, qui, croyait-il, donnaient naissance à des animalcules.

Enfin, en chimie générale, Lamarck s'est efforcé de prouver que tous les actes chimiques dépendent des atomes, qui entrent dans la composition des corps, et que ces atomes, par leur nature, leur forme et leur disposition, déterminent la différence des corps composés.