Au surplus, je ne signale que pour mémoire toutes ces vues cosmologiques, originales, de Lamarck, dont quelques-unes, plus approfondies, ont cependant fait fortune ultérieurement; car l'influence, exercée par ce grand homme sur la science et sur l'évolution de l'esprit humain, est exclusivement inhérente à ses travaux biologiques.

II
TRAVAUX BIOLOGIQUES

Les travaux biologiques de Lamarck sont innombrables et gigantesques. Ils ont, à vrai dire, pour objet, tous les aspects de la biologie, puisqu'ils concernent: la biologie générale, l'anatomie générale et descriptive, l'histoire naturelle, la biotaxie, la physiologie générale, la physiologie spéciale du système nerveux périphérique, la physiologie cérébrale, la théorie des milieux, la théorie de la modificabilité, la généalogie des animaux et de l'homme.

Nous allons successivement passer en revue tous ces travaux qui se distinguent par le génie philosophique et synthétique. Ils sont condensés dans: les Considérations sur l'organisation des corps vivants, la Philosophie zoologique et l'Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, pièces justificatives et supplément de la Philosophie zoologique, fruit de quarante ans d'études ininterrompues[29].

Biologie générale.

Spéculant, comme Buffon, comme Bichat, comme tous les penseurs de son temps, sur la nature des phénomènes que présentent tous les êtres organisés, sans distinction, Lamarck s'est continuellement préoccupé de formuler une théorie générale de la vie, aussi positive que possible.

Il ne méconnaît nullement les propriétés spéciales, qui font que les corps inorganiques forment, à nos yeux, une catégorie distincte des corps vivants; il démontre que les premiers ont une constitution essentiellement moléculaire, qu'ils sont homogènes, solides, liquides ou gazeux, que leur forme est inconstante, que leurs molécules sont indépendantes, qu'ils sont dans un état apparent de repos et perdent leur forme, leur consistance et même leur nature, sous l'influence du mouvement et de certains changements extérieurs, que leur croissance n'est pas limitée et s'opère par juxtaposition, enfin qu'ils sont formés de parties séparables, qu'ils ne sont pas soumis à l'obligation de se nourrir et n'ont, à proprement parler, ni naissance, ni mort; tandis que, tout au contraire, les corps vivants sont individualisés; ils sont hétérogènes; ils réunissent en eux, au moins deux états de la matière; ils ont une forme spéciale; leurs molécules dépendent les unes des autres et concourent à une même fin; ils subissent de perpétuels changements d'état, sans changer de nature; ils sont continuellement en voie de destruction et de rénovation matérielle; leur développement est borné et s'opère par intussusception; enfin ils sont astreints à la nutrition; ils proviennent d'un germe originel; ils n'ont qu'une existence limitée durant laquelle ils évoluent; ils naissent, se développent et meurent[30].

«Les caractères des corps inorganiques, mis en opposition avec ceux des corps vivants, nous font connaître, dit Lamarck, l'existence d'un hiatus, en quelque sorte immense, entre les uns et les autres, hiatus constitué par l'impossibilité des uns de donner lieu au phénomène de la vie, tandis que l'exécution de ce phénomène est possible et toujours effectif dans les autres»[31].

Mais, d'autre part, Lamarck s'attache avec persévérance à démontrer: que la vie ne nous paraît miraculeuse que parce que nous la connaissons et l'étudions mal; qu'elle n'est pas un phénomène surnaturel, soustrait à nos investigations; que les anciens philosophes ont, à tort, imaginé qu'elle pouvait exister indépendamment et hors des corps dans lesquels elle se manifeste; que les phénomènes biologiques sont impérieusement subordonnés aux phénomènes physico-chimiques.