«Cet ordre, dit-il, est loin d'être simple; il est rameux et paraît même composé de plusieurs séries distinctes»[87], présentant elles-mêmes des rameaux latéraux[88].
Dans tous les cas, Lamarck admit au moins deux séries particulières, et, conformément à cette vue, il dressa l'arbre généalogique des animaux, une première fois, dans sa Philosophie zoologique[89], et en dernier lieu, dans son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres, dont le premier volume est complété par un Supplément à la distribution générale des animaux, concernant l'ordre réel de formation relatif à ces êtres[90], exposée dans l'introduction de cet ouvrage. C'est ce dernier tableau que je reproduis ici.
Ordre présumé de la formation des animaux offrant deux séries séparées, subrameuses.
| Animaux apathiques. | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Série des animaux inarticulés. | Série des animaux articulés. | ||||
| Infusoires. | | | ||||
| | | | | | | |||
| Polypes | | | | | |||
| | | Radiaires. | | | |||
| Ascidiens. | Vers. | ||||
| | | |||||
| Épizoaires. | |||||
| Animaux sensibles. | |||||
| Acéphales. | Insectes. | ||||
| | | | | ||||
| Mollusques. | Annélides | Arachnides. | |||
| | | Crustacés. | ||||
| Céphalopodes. | | | ||||
| Cirrhipèdes. | |||||
| Animaux intelligents. | |||||
| Poissons. Reptiles. Oiseaux. Mammifères. | |||||
Lamarck ne se faisait pas d'illusion sur l'insuffisance, les lacunes, les erreurs même de ce tableau dans lequel il se borne à condenser les vues émises, dans ses ouvrages, sur la filiation générale des animaux; il reconnaissait que, faute d'observations, de nombreux éléments de transition lui manquaient et que, sans doute, ces problèmes resteraient encore longtemps sans solution.
L'aspect matériel, sous lequel l'arbre généalogique se présentait, ne le satisfaisait même pas; il considérait qu'il défigurait légèrement l'idée qu'il avait voulu rendre[91] et regrettait que les convenances typographiques ne lui eussent pas permis d'employer la forme ramifiée, maintenant usitée dans tous les ouvrages de ce genre; il eût préféré donner une direction oblique aux lignes indicatrices des branches latérales des séries.
Néanmoins, il proclamait que tous ces défauts n'altéraient nullement le principe de la production successive des différents animaux, et, tirant de ce principe toutes les conséquences qu'il comporte, il posa nettement, malgré quelques réserves dénuées de conviction, le problème de l'origine, purement animale et simienne, de l'homme[92], en montrant, par hypothèse, comment une race d'anthropoïdes pourrait progressivement acquérir tous les caractères d'organisation qui distinguent, aujourd'hui, l'homme des quadrumanes.
⁂
Toutes les grandes questions de philosophie biologique qui passionnent encore l'esprit des savants progressistes, ou que la science a, depuis, élucidées, ont donc été résolument abordées par Lamarck. C'est à juste titre que la postérité le considère comme le véritable fondateur de la doctrine générale de l'évolution, à laquelle on a, tout d'abord, improprement donné le nom de transformisme.