[42] Les lanternes qui sont au Louvre. (Id.)
[43] Le privilége enregistré au Parlement le 28 de décembre 1745. (Id.)
Les réverbères eurent, comme on le voit, un succès d’enthousiasme. En 1767, sous l’administration de M. de Sartines, une compagnie proposa de fournir Paris de réverbères, de les entretenir d’huile et de tout ce qui était nécessaire à leur service, à l’exception des boîtes et potences en fer: le tout moyennant quarante-trois livres douze sous par an pour chaque bec de lampe, à condition qu’il leur serait passé un bail de vingt ans, au bout desquels les réverbères appartiendraient à la ville. Cette soumission fut acceptée par un arrêt du conseil du 30 juin 1769.
Aujourd’hui, après une longue et honorable existence, les réverbères sont à l’agonie. Leur nombre, après s’être élevé de trois mille cinq cents à plus de cinq mille, diminue de jour en jour, et la race des Allumeurs, née avec l’administration de l’éclairage, s’éteindra dans le courant du dix-neuvième siècle.
Le service d’éclairage se fait par entreprise au rabais, détestable méthode qui, en rognant les bénéfices de l’adjudicataire, le met dans la nécessité de s’acquitter le plus mal possible de ses devoirs. L’administration a quatre bureaux, et un entrepôt-général sur la place de la Bastille. Un inspecteur-général de l’illumination surveille la qualité des huiles, dont un échantillon, mis sous le scellé, est déposé à la Préfecture de police.
L’Allumeur commence sa journée par éteindre. Il est tenu d’être à son bureau à six heures, et malheur à lui s’il est inexact! Les fonctions d’Allumeur sont briguées par une foule de surnuméraires, toujours prêts à gagner cinquante centimes en remplaçant les absents. Pareille somme est accordée à celui qu’une maladie retient loin de son poste, et c’est alors le surnuméraire qui touche le prix de la journée du malade: trois francs. Les heures d’allumage et d’extinction sont réglées par le préfet de police.
L’Allumeur se met en campagne, nettoie les réverbères, les chapiteaux, les plaques des réverbères, les porte-mèches, et s’en retourne dans ses foyers. Là, d’autres occupations l’attendent: il fabrique des chaussons ou des souliers, ou va en ville faire des commissions. Il rentre en fonctions, le soir, pour allumer; tâche pénible en hiver, quand le froid engourdit les doigts, quand le vent éteint les lumières naissantes. Il faut que l’allumage soit terminé sur tous les points en quarante minutes, vingt minutes au plus après l’heure déterminée par le préfet. On distinguait autrefois l’allumage en permanent et variable: une partie des becs se reposait dès que la lune blanchissait les rues de ses pâles rayons. Aujourd’hui l’illumination doit être générale. Les réverbères, ayant peu de temps à vivre, veulent jouir de leur reste, et laisser à la postérité le souvenir de leurs bienfaits.
L’Allumeur ne connaît ni dimanches ni morte saison: rien ne le détourne de sa promenade quotidienne, car ce n’est pas lui qui, dans les fêtes publiques, allume les lampions de l’allégresse et les verres de couleur de l’enthousiasme unanime. Il est voué exclusivement aux réverbères, et marche en tout temps, à moins que des perturbateurs n’aient brisé ses quinquets aériens. Alors, tout en feignant de partager le mécontentement de ses chefs, il rit sous cape, se frotte les mains, applaudit à l’œuvre de destruction. Sa satisfaction est d’autant plus logique, que ses appointements courent durant cette suspension forcée de service.
Gardez-vous d’assimiler l’Allumeur aux parias des autres administrations, au pauvre Cureur d’égouts, au Balayeur, plus misérable encore! L’Allumeur, outre sa paie, reçoit de bonnes étrennes des propriétaires dont l’administration se charge d’éclairer les maisons; et, s’il est frugal, s’il possède une femme laborieuse, il peut éluder l’hôpital, cette antichambre de la tombe pour la majorité des vieux ouvriers.