«Bonjour, père Cardin, lui cria le général.
—Tiens, vous m’connaissez, dit le vieillard ébahi, en ôtant respectueusement son chapeau de paille.
—Parbleu! depuis 1787. J’avais dix-neuf ans alors. Je servais dans le régiment des Gardes-Françaises, dont le maréchal de Biron était colonel, et j’étais caserné à la barrière Poissonnière. Est-ce que vous m’avez oublié?
—Ma foi, oui; il y avait à la caserne deux compagnies de fusiliers d’cent cinq hommes et une compagnie de grenadiers d’cent dix; de laquelle que vous étiez?
—Des grenadiers; vous en employiez beaucoup pour vous aider à arroser. Vous rappelez-vous, entre autres, le fils d’un garde du chenil de Versailles?
—Attendez donc!.... n’m’avait-il pas été recommandé par sa tante, fruitière à Versailles?
—Précisément.
—N’avait-il pas la manie d’acheter des livres, voire même qu’il payait un remplaçant pour monter ses gardes, et passait son temps à s’éduquer?
—La mémoire vous revient, père Cardin.
—Il fredonnait comme un vrai rossignol, et m’dit un jour qu’il avait été enfant d’chœur à Saint-Germain-en-Laye; je m’en souviens à présent; qu’est-ce qu’il est devenu?