Pendant plusieurs semaines, l’apprenti passementier évita le Marchand de Coco, et quand il l’apercevait, il s’enfuyait à toutes jambes, comme s’il eût appréhendé la présence du sévère donneur de conseils.

Quelques jours après les fêtes de juillet 1841, Champignol vit tout à coup venir à lui Jalabert, blême, défait, et l’air embarrassé.

«Quel heureux hasard! dit le Marchand de Coco, d’un ton ironique; te voilà donc, l’Hanneton! ingrat que tu es, tu m’abandonnes!

—J’ai été très-occupé, balbutia Jalabert; pourtant je vous ai entrevu aux Tuileries dans la soirée du 28; comment donc y êtes-vous entré?

—Les jours de fête, je ne manque jamais de me mettre aux aguets près des grilles du jardin royal, et, quand les sentinelles ont le dos tourné, crac!... je m’faufile à travers la foule, et me v’là dans l’jardin, où je fais de fameuses recettes, à la barbe des inspecteurs.

—Tiens, tiens..... Dites donc, monsieur Champignol, demanda l’enfant après un moment de silence, avec quoi sonnez-vous pour avertir les passants?

—Drôle de question! Tu vois qu’à chacun de mes gobelets est attaché un anneau de cuivre au moyen d’une courroie. J’n’ai qu’à faire jouer cet anneau pour produire un son: tin, tin, tin; voilà toute ma mécanique.

—Ah! c’n’est qu’ça, reprit Jalabert. Eh bien, monsieur Champignol, votre mécanique m’a rendu un crâne service.

—Comment ça, mon garçon?

—J’vas vous l’dire, monsieur Champignol, à condition que vous n’m’en voudrez pas, et qu’vous aurez égard à mon r’pentir. J’vais vous débiter ma confession, absolument comme si vous étiez M. le curé de Saint-Ambroise. Si j’vous avais écouté, je n’aurais pas été si avant...