FORTS DE LA HALLE-AUX-BLÉS.
Entre les murs de sacs qui montent jusqu’aux voûtes de la Halle-aux-Blés circule une seconde classe de Forts, non moins enfarinés que le célèbre Pierrot des Funambules. On ne les coudoie pas impunément; leur contact n’est pas moins à craindre pour les fracs de nos fashionables, que celui des perruquiers de l’ancien régime pour les habits à boutons d’acier des courtisans de Louis XV.
Réunis en une corporation représentée par un syndic, les Forts de la Halle-aux-Blés se divisent en trois bandes:
- 1o Pour les farines;
- 2o Pour les grains;
- 3o Pour les avoines.
Ce sont les seuls porteurs dont les marchands et acheteurs soient autorisés à se servir dans l’intérieur de la Halle; mais une centaine d’autres Forts ont pour tâche spéciale le transport des farines chez les boulangers, concurremment avec les journaliers à la solde de ceux-ci. Ces employés extra-muros de la Halle-aux-Blés ont huit syndics, qui participent à tous les travaux de la confrérie.
Si de la Halle-aux-Blés nous passons rue Mauconseil, c’est à deux pas, nous n’y verrons rien de bien particulier; cependant, après un examen attentif, nous finirons probablement par y découvrir la Halle-aux-Cuirs, informe hangar élevé en 1770, sur les débris d’un théâtre italien: là travaillent six Forts, chargés d’assister aux ventes, de garder les halles, de marquer les marchandises, et de les porter chez les personnes désignées aux bulletins de sortie. Ils sont solidairement responsables des cuirs déposés à la halle, et reçoivent pour déchargement, placement, manutention, transport, un salaire déterminé par un tarif, proportionnellement à la fatigue ou à la distance.
| Par cuir à l’orge ou à la jusée | 6 c. |
| Par douzaine de veaux, gros ou petits en croûte, secs d’huile, ou corroyés en blanc, ou en noir | 6 c. |
| Etc., etc. | |
Il leur est sévèrement défendu de retenir à leur profit aucun objet provenant des emballages, et d’exiger des gratifications non prescrites par le tarif. Ils font bourse commune, et répartissent entre eux les bénéfices hebdomadaires, en présence du contrôleur de la halle.
Lorsque les marchandises ne portent point de marques, les Forts de la Halle-aux-Cuirs y apposent les lettres initiales des noms et prénoms du propriétaire. Les cuirs forts, peaux de bœuf, vache, cheval, sont marqués sur chaque pièce, à la peinture à l’huile, rouge ou noire; les peaux de veau, chèvre et mouton sont marquées par douzaine avec de la sanguine. La redevance due par les propriétaires pour ce travail est de 15 centimes pour la première classe de cuirs, et de 5 centimes pour la seconde.