Diakowa est le centre arnaute par excellence; c'est le pays le plus dangereux de toute la Péninsule; c'est un véritable repaire d'haïdouks (brigands).

Le territoire de la Ljuma, situé plus au sud, se trouve compris entre les montagnes du Schar et la rive droite du fleuve Drin. Les villes principales de ce territoire sont: Prizrend, la plus grande ville de tout le vilayet de Kossovo; elle possède plus de 40,000 habitants et fut longtemps la résidence du pacha gouverneur, et Dibré ou Diwra, où l'on travaille le cuir, comme on le faisait à Cordoue. C'est à Dibré que se trouvent les plus fanatiques musulmans de la contrée. Les Arnautes de Dibré sont orgueilleux et fiers et d'un courage exceptionnel. Ils sont continuellement en lutte avec les Malisores Mirdites qui les avoisinent, lesquels sont catholiques. Il est vrai que ceux-ci pratiquent la religion romaine à leur façon, qui n'est pas tout à fait conforme à l'orthodoxie catholique.

La territoire de Tetovo est le plus accidenté de tous; il est presque exclusivement habité par des Arnautes de race serbe; ce sont des montagnards sauvages, d'une ignorance extrême et qui ne vivent que du produit de leur bétail. C'est à peine s'ils savent qu'ils vivent sous la domination ottomane, et les collecteurs d'impôts, si âpres partout ailleurs, ne pénètrent jamais dans leurs montagnes. Les villes principales de ce territoire sont Kalkandelen, Gustiva et Kritschévo.

Le territoire d'Ovetz se trouve à l'est; c'est un pays riche, mais là l'élément serbe se trouve mélangé par parties presque égales à l'élément bulgare. Tracer une ligne de démarcation entre ces deux races dans cette province nous paraît chose bien difficile. Il est très possible que le désaccord entre la Serbie et la Bulgarie survienne à propos de l'Ovetz, où se trouvent les centres importants d'Istib, d'Uskub et de Kumanova.

Le territoire du Kodjak est le moins connu de tous. Il limite la Serbie au sud de Vrania. Toutefois, de ce que les géographes qui ont dressé des cartes de la presqu'île des Balkans ont laissé en blanc tout le Kodjak, il ne s'ensuit pas qu'il soit inhabité, comme l'ont affirmé certains publicistes mal renseignés.

Il existe, au contraire, un assez grand nombre de villages assez peuplés dans les étroites vallées formées par le Kodjak-Planina, grande montagne qui donne son nom au territoire.

Le Kodjak est également habité par des Serbes et par des Bulgares, dont la sauvagerie ne le cède en rien aux Arnautes pasteurs du Tétovo.

Telles sont les provinces qui composent la Vieille-Serbie. Quoique en majorité serbe, la population se divise en deux fractions bien distinctes: la partie composée des Serbes ou des Bulgares demeurés chrétiens et celle des Serbes musulmans ou Arnautes. La première représente environ les deux tiers de la population, la partie musulmane, l'autre tiers. La population totale du vilayet de Kossovopoljé, moins le sandjak de Novi-Bazar, monte à 480,000 habitants, d'après les dernières cartes de Bianconi.

SITUATION ACTUELLE DE LA VIEILLE-SERBIE.

«A quatre lieues de distance de Djakowo, cachés dans une belle gorge alpestre, s'élèvent l'église et le monastère de Détchani, fondés par le roi serbe saint Étienne, et par son fils, Douchan, qui le premier prit le titre de czar. Dans tout l'intérieur de la péninsule des Balkans, on ne rencontre pas un monument aussi artistique que cette église. La forme, les matériaux et le style de cet édifice nous transportent bien loin des constructions de briques, du genre byzantin. Ses bandes de marbre blanc veiné de rose ressortent avec éclat sur les collines couvertes de sapins qui l'environnent. Ses colonnes élégantes et ses lions hardiment posés en avant rappellent l'architecture de la Dalmatie et de la ville d'Ancône. Les rinceaux dentelés des fenêtres sont, en partie, si bien conservés qu'on croirait que le sculpteur vient d'y mettre la dernière main. Cette église est le souvenir vivant d'une dynastie de rois qui régnèrent du Danube à l'Adriatique, et de l'Adriatique à la mer Egée, d'artisans qui ont laissé la trace de leur habileté jusque sur le sol italien. Le style de cette église est une heureuse combinaison des traditions de l'architecture religieuse italienne et grecque; il s'éloigne beaucoup de la rigidité de lignes du style byzantin. Tout l'intérieur est recouvert de fresques remarquables, dont les plus intéressantes représentent les héros de la famille royale des Nemanjas, depuis le czar Siméon jusqu'au jeune czar Ourosh, rangés parallèlement entre les branches feuillues d'un arbre héraldique.