Alors, M. le juge d’instruction renferme l’International et, bien qu’il vienne d’affirmer à Jean Grave qu’il ne s’agit pas le moins du monde de ses idées, il exhibe — devinez quoi ? — La Société mourante et l’Anarchie !… Et il relit de cet ouvrage, très aridement doctrinal, les quelques extraits qui motivèrent le procès que vous savez !

De sorte qu’un esprit mal fait pourrait croire qu’à l’heure actuelle, c’est encore La Société mourante et l’Anarchie qu’on traduit à cette barre, et que, les circonstances atténuantes accordées par vos prédécesseurs, n’ayant permis d’infliger à Jean Grave que deux ans de prison, on vient vous demander de compléter leur besogne en accordant au Parquet un petit supplément de vingt ans de travaux forcés !… (Mouvement prolongé).

Ce que je voudrais, pour avoir un terrain de discussion, c’est une lettre de Jean Grave écrite à ses coaccusés, qui le mette en rapports criminels avec eux, qui me le montre préparant des vols ou des assassinats.

Car, enfin, si Jean Grave est tout seul, il n’a pu s’associer ! Pour s’associer, c’est comme pour se marier, il faut être au moins deux ! Les malfaiteurs eux-mêmes ne sauraient échapper à l’empire de cette nécessité.

Jean Grave a-t-il avec les Trente ou du moins quelques-uns d’entre eux, avec Sébastien Faure, avec Chatel, avec Brunet, — je parle de ceux qu’il a vus une fois ou deux, car il ne connaît pas les autres, — a-t-il formé, je ne dis pas une association, mais un de ces « groupes d’études », un de ces groupes éphémères qui sont l’unique ressource de M. l’avocat général ?

Montrez-moi, je vous prie, Jean Grave se réunissant avec Sébastien Faure, avec Brunet, avec Chatel, où vous voudrez, dans la rue, sur la place publique, pour étudier quoi que ce soit.

Montrez-les-moi se concertant, précisant le but à atteindre !

Je crois que leur groupe eût manqué de cohésion, et qu’une étude préalable ne leur eût pas fait de mal.

Sébastien Faure vous a dit :

« J’ai bien à peu près les idées de Jean Grave ; mais je ne suis pas du tout de son avis sur la question du vol ! »