Vous êtes bien convaincus qu’elle ne s’entendait avec personne, puisque, même en théorie, elle n’a provoqué que des désaccords ?
Soutiendrez-vous encore que Jean Grave couvrait, par sa propagande écrite, la propagande par le fait ?
Mais, qu’est-ce donc, la propagande par le fait ?
Des vols ! Des assassinats !
Si donc Grave a couvert par sa propagande la perpétration de ces crimes, c’est qu’il n’en est pas l’ennemi.
Or, voici comment il en parle.
Ce qui suit est-il un encouragement à dynamiter les bourgeois ?
Quand les idées anarchistes ont commencé à se développer en France, elles ont subi un peu l’influence du mouvement terroriste russe. Justement, à ce moment, les nihilistes couronnaient par la mort du Tsar la guerre qu’ils menaient contre l’autocratie. Les idées anarchistes comportaient la propagande par le fait, l’enthousiasme qui s’empara de tous fut tel que, pendant longtemps, dans les groupes, on ne voulut plus entendre parler de théories. Il n’y avait que les timorés et les retardataires qui pussent s’occuper de ces fadaises.
Le vent était à l’action. A tout prix il fallait passer à l’action. Bombes, dynamite, nitro-glycérine étaient les seules choses dignes d’occuper l’attention d’un anarchiste sérieux. Crier bien fort et lancer des pétards dans les jambes des bourgeois, voilà qui devait être de l’anarchie.
Cette attitude, toute de bruit et de déclamation, n’a eu pour résultat que de nous faire passer pour des fous. (10-22 avril 1887).
Ce style n’est pas du goût des violents, des sanguinaires. Le groupe La Guerre Sociale s’en plaint avec amertume. Il raille ces « organes doctrinaires », qui sont l’œuvre de quelques « docteurs » et « sont fermés à ceux qui n’ont pas la même manière de voir ». « Nous croyons — dit-il — que l’argent gaspillé jusqu’à ce jour aurait été plus utilement dépensé, pour la propagande par le fait. »
Grave répond dans la Révolte : « Nous différons complètement d’idées avec la Guerre Sociale. » (Numéro du 3 février 1888).