« Il y a dans le monde deux hommes qui sont profondément convaincus des avantages de la construction et même de l’exploitation par l’État : l’un est mon voisin de droite, M. Madier de Montjau, l’autre moi ; moi, ministre des travaux publics. »
Qui dit cela ? M. Raynal. Combien de temps avant les Conventions ? Quinze jours !
« Si je n’entendais pas nos honorables collègues nous affirmer qu’ils sont restés conséquents avec eux-mêmes, disait M. Pelletan, nous ne pourrions nous défendre d’une certaine impression que vous me permettrez de traduire sous une forme suggérée par les questions que nous traitons — nous penserions que, s’il y a un chemin sur lequel on n’a pas à craindre aujourd’hui les déficits kilométriques, c’est assurément le chemin de Damas… (Rires et applaudissements sur plusieurs bancs à gauches).
On y voyage en express. (Nouveaux rires).
Je parle de conversion ! Mais M. Madier de Montjau n’y croit pas. Rappelez-vous ses paroles :
« Trois ans durant, M. Raynal est de notre avis. Et ce n’est pas tout : il en est encore ! (Rires à l’extrême gauche). Ne riez pas, messieurs, admirez plutôt ! (Nouveaux rires sur les mêmes bancs). Oui, admirez ! car pour le bien public, pour le salut de la patrie, Décius ne jeta dans le gouffre que son corps ; M. Raynal y jette avec lui sa foi !…
Est-ce clair ? Rapprochez ces terribles paroles de la péroraison :
« Alors, oh ! alors, la féodalité financière sera complète.
Tout lui appartiendra, y compris les consciences !
Ah ! ce qui se passe témoigne assez déjà de son accaparement.
Elle a déjà la presse entière, ou presque tout entière convertie, malgré les éloquentes et irréfutables démonstrations des Lecesne, des Lamartine… et les vôtres !
Et ces administrateurs ministres ne craignant pas de venir à la place où je suis frapper au cœur le crédit du Trésor public à la gloire et au profit du leur ; et d’autres ministres si puissamment impressionnés par le mirage, si écrasés par l’atmosphère où ils vivent, qu’en six mois leurs opinions changent, ou que n’ayant pas changé, ils font contre leur sentiment les affaires des Compagnies, ne disent-ils pas assez où nous en sommes, et ce qu’elles peuvent, et quelle place ces nouveaux hauts barons tiennent dans notre pays ! (Très bien ! à l’extrême gauche).
Barons qui, à défaut d’armoiries, pourraient sur leurs carrosses faire peindre des gros sous, dont la tyrannie effrayante est le secret de bien des luttes engagées par M. Savine, plus puissants et plus dangereux que les anciens féodaux, mieux disciplinés aussi, car les anciens se révoltaient parfois contre le roi de France, tandis qu’eux obéissent comme un seul homme au moindre signe du roi des Juifs !
Et les mots effroyables, les mots de la fin, putréfaction des consciences, qui retournent tous les regards vers le banc des ministres où siégeait M. Raynal ! (Mouvement).
Et cette comparaison entre la république de M. Raynal et la république romaine agonisante :