« Supposez que les détenteurs de billets aient besoin de les utiliser avant l’échéance du portefeuille. La Banque, mise par ce seul fait au pied du mur, se verra convaincue d’imposture.
» Mais, d’abord, est-il bien loyal de dire aux gens qu’on est en mesure de les payer, quand, en réalité, on espère seulement que les circonstances vous permettront de les payer ?
» Que fera-t-elle alors ? Simplement ce que fait un négociant qui va déposer son bilan. Elle fermera ses guichets. Seulement, cette opération, qui s’appellerait faillite chez un autre, prend chez elle un nom tout à fait noble : c’est le cours forcé. »
En 1892, le même M. Burdeau, devenu député-rapporteur, affirme que « c’est un réservoir de numéraire et de lingots tel, qu’au cas d’un assaut du public, la Banque, en payant à guichets ouverts et avec la plus grande vitesse possible les porteurs, n’arriverait probablement pas à épuiser son stock dans le délai de vingt-six jours qui représente l’échéance moyenne de son portefeuille, ni même, sans doute, dans le délai d’échéance de ses plus longs effets. En sorte que, par ce seul fait, l’impossibilité d’une suspension de payements paraît matériellement assurée ! »
Le 9 novembre 1883, M. Burdeau, publiciste, déclare que la constitution du portefeuille de la Banque de France est une fraude aux dépens du public. En 1892, le même M, Burdeau, devenu député-rapporteur, déclare que le susdit portefeuille équivaut à peu près à de l’or en barre (page 4 du rapport) !
Le 9 novembre 1883, M. Burdeau, publiciste, proclame dans son journal, le Globe, que le billet de banque est une monnaie fictive, une fausse monnaie. En 1892, le même M. Burdeau, devenu député-rapporteur, proclame que, dans la réalité, ce billet paradoxal peut égaler en sécurité le bon de monnaie (page 9 du rapport) !
Le 30 janvier 1884, M. Burdeau, publiciste, écrit dans son journal, le Globe : « Le seul remède, c’est la suppression du droit exorbitant qu’a la Banque d’émettre du papier. » En 1892, le même M. Burdeau, devenu député-rapporteur, écrit : « Il n’est pas sans inconvénient de laisser se rétrécir outre mesure la marge d’émission dont la Banque peut disposer pour parer à une nécessité publique. » (Page 38) !
Le 1er février 1884, M, Burdeau, dans son journal, le Globe, traite d’assignat les billets de la Banque de France. En 1892, le même M. Burdeau, devenu député-rapporteur, propose de relever de cinq cents millions la marge d’émission dont dispose actuellement la Banque (page 38 du rapport) !
Conclusion :
En 1883, M. Burdeau, publiciste affirme violemment dans son journal, le Globe, qu’il ne faut pas renouveler le privilège de la Banque de France. En 1892, le même M, Burdeau, devenu député-rapporteur, affirme, non moins violemment, qu’il faut renouveler le privilège de la Banque de France !…