Et voilà pourquoi M. Drumont a suspecté la bonne foi de M. Burdeau. Et voilà pourquoi, en la suspectant, il a été lui-même d’une complète bonne foi.
Car tout est là, messieurs : M. Drumont a-t-il été sincère ? C’est l’unique question du procès.
En effet, défendre Drumont, contre quoi ? contre le reproche de mal écrire, de mal penser, d’être inepte, ignorant, stupide ?
Car la bouche des adversaires a proféré tous ces mots si gracieux !…
Oui, Drumont, l’auteur de la France Juive, Drumont, connu dans le monde entier, Drumont, salué par toute la presse, non pas de France, mais d’Europe, Drumont, qui a inspiré au journal de M. le le prince Mentchersky, le journal des vieux Russes, le Grajdanine, un admirable article que vous avez lu, que vous lirez encore, que je veux faire passer dans la chambre de vos délibérés, et qui vous montrera ce que pense notre amie la Russie de la situation dans laquelle va être renouvelé le privilège de la Banque de France, ce Drumont-là, on l’a qualifié de stupide !… O imbécillité de la haine !…
Drumont ! Il est en quelque sorte l’incarnation de la race française !
Drumont ! C’est l’homme qui n’a qu’une passion au cœur, la passion de la patrie !
Savez-vous, me disait-il l’autre jour, ce qui m’épouvante en l’étal actuel ? Ce n’est pas que M. de Rothschild soit à la Banque de France. M. de Rothschild, le particulier, M. de Rothschild qui fréquente le prince d’Aurec, qui marie sa fille, qui a de belles chasses à Ferrières et qui y invite la noblesse française, ce M. de Rothschild-là, il nous est bien indifférent.
Mais Rothschild, non pas M. de Rothschild, Rothschild tout court, c’est autre chose. C’est un être collectif, impersonnel, dynastique, qui résume les aspirations de sa race, ses cupidités, ses appétits, ses merveilleux élans qui l’emportent vers la conquête de l’or auquel est attachée la domination du monde. Cet être dynastique, il incarne les rapacités juives, comme les Romanoff incarnent les mysticismes russes, les Hohenzollern, les brutalités prussiennes, comme, un moment, les Capétiens ont incarné les héroïsmes de la France.
Cet être dynastique, il s’étend partout, il règne sur tout. En France, il s’appelle Alphonse, James de l’autre côté du détroit ; à Vienne, à Berlin, il prend un autre nom, mais il est toujours Rothschild, il est un être international, un être sans patrie, parce qu’il est au-dessus de toutes les patries.