Sans épouser la doctrine, ni la théorie de personne — ce n’est pas mon affaire ici — je me permets de vous dire :
« Vous défendez la propriété : quand donc traquerez-vous les hauts bandits de la Finance ?
« Vous défendez la Patrie : quand donc traquerez-vous la pieuvre cosmopolite dont les hideux tentacules enlacent tous les peuples et leur sucent tout leur sang ? »
Je me permets de vous dire avec Viviani :
« Vous avez fait des lois contre les malfaiteurs, vous les appliquez aux anarchistes d’en bas : quand les appliquerez-vous aux anarchistes d’en haut ?
« Vous les appliquez aux anarchistes de la Pensée : quand les appliquerez-vous aux anarchistes de la Bourse ?
« Vous les appliquez à ceux que vous accusez de faire sauter les édifices : quand les appliquerez-vous à ceux qui font sauter les consciences ? » (Bravos ! marques d’assentiment prolongées).
Ah ! certains bourgeois qui croient incarner la Patrie ont de drôles de manières de la défendre — la Patrie !
Et l’on s’étonne si la Patrie se discrédite, si les écrivains, les penseurs, tendent de plus en plus à la confondre avec l’État, c’est-à-dire avec cet assemblage de lois contingentes et d’artificielles conventions qui changent tous les siècles ou tous les demi-siècles, ne gardant que ce caractère commun d’opprimer toujours les faibles au profit de quelques gros messieurs qui, à notre époque, ne sont que gros, puisqu’ils n’ont même plus cette circonstance atténuante d’être grands !
On s’étonne si Jean Grave, qui se souvient de Tolstoï, ne voit dans la Patrie qu’une façade hypocrite pour masquer les égoïsmes de l’État bourgeois ?