La Bourse est comme ces oiseaux de proie qui déshonorent tout ce qu’ils touchent. Elle a déshonoré la Propriété : elle souille la Patrie !

Les voilà, les Sans-Patrie ! Les Sans-Patrie, qui transformeront les citoyens du monde entier en Sans-Culottes — au sens propre du terme, puisqu’au train dont vont les choses ils ne leur laisseront bientôt plus une paire de pantalons. (Mouvement).

Et M. Viviani ajoutait ces lignes, dont je lui laisse la responsabilité, mais que j’ai le droit de reproduire à titre de document, puisqu’il les a versées dans le domaine public :

« Le gouvernement laisse faire. Il traque les socialistes, les fait diffamer par sa presse, ose leur reprocher de ne pas aimer le pays. Seulement il protège les misérables qui dépouillent, exploitent, trahissent la Patrie ! On a voté des lois contre les associations de malfaiteurs. Quand est-ce qu’on va les appliquer ? »

Je ne plaide pas contre le gouvernement, Messieurs les Jurés ; je n’en ai cure.

Je ne plaide pas pour les socialistes ; ils ne m’en ont pas chargé.

Mais je dis à M. l’avocat général : nous sommes tous solidaires. Car, sous couleur de traquer l’Anarchie, vous traquez la pensée humaine. Aujourd’hui, vous poursuivez Jean Grave comme anarchiste ; demain, vous poursuivrez des socialistes, sous prétexte qu’ils confinent à l’Anarchie ; après-demain viendra le tour d’autres penseurs qui ne sont ni des socialistes, ni des anarchistes, mais que vous poursuivrez parce qu’ils sont des penseurs libres et que vous n’admettez pas les penseurs libres — vous autres les libres-penseurs !

Vous êtes dans l’arbitraire, vous tomberez dans l’oppression ; car l’arbitraire n’est pas une surface plane sur laquelle on s’arrête : l’arbitraire est une pente, et cette pente, on ne la remonte pas, on la descend, on la descend jusqu’à la tyrannie !

Et pour compléter votre fameuse loi du 11 décembre 1893, j’attends une jurisprudence qui nous donnera du malfaiteur la définition suivante : « Doit être emprisonné comme malfaiteur tout homme qui osera penser que tout n’est pas pour le mieux dans la meilleure des républiques. »

Eh bien ! vous pouvez m’emprisonner avec les autres, Monsieur l’Avocat général.