O logique de votre justice !

Vous voulez aussi condamner Grave à cinq ans de prison parce qu’à la fin d’un chapitre où il retrace la barbarie de certains patrons qui abusent de la machine humaine, qui ont un caillou dans le cœur et des écus à la place d’entrailles, il songe que, si les martyrs d’une exploitation sans vergogne tuaient un de ces patrons, peut-être que la leçon servirait d’exemple aux autres !

Cette indignation du penseur, vous la taxez d’apologie !

Mais pourquoi ne pas poursuivre tant d’autres indignations ?

Écoutez ces lignes, Monsieur l’Avocat général. Je les emprunte à un journal qui n’est pas le journal La Révolte : c’est le journal de M. de Goncourt.

Le 13 janvier 1871, il s’étonne que la population meure de faim, reste impassible, quand des boulangers — il en cite un : je ne le nomme pas — offrent aux riches du pain blanc et des croissants, lorsque des marchands leur procurent du gibier et de la volaille. Son étonnement s’irrite, s’exaspère et s’écrie à la fin :

« Quand je lisais dans le journal de Marat les dénonciations furibondes de l’Orateur du Peuple contre la classe des épiciers, je croyais à de l’exagération maniaque. Aujourd’hui, je m’aperçois que Marat était dans le vrai. Pour ma part, je ne verrais aucun mal à ce qu’on accrochât à la devanture de leur boutique deux ou trois de ces égorgeurs sournois…

« Peut-être quelques assassinats intelligemment choisis sont, dans les temps révolutionnaires, le seul moyen pratique de retenir la hausse dans les limites raisonnables. »

Elle est jolie, la provocation ! Elle est jolie, l’apologie !

Et quand le même de Goncourt, songeant à tous ces oisifs qui vivent des sueurs du peuple, s’écrie :