Parce qu’en condamnant, l’ancien Parlement fût resté logique avec lui-même : c’était un pouvoir de droit divin.

Au lieu qu’en condamnant, vous vous infligeriez un démenti à vous-mêmes : vous êtes un pouvoir de libre examen.

Vous êtes les fils d’une Révolution qui s’est faite précisément pour rendre impossible la chose qu’on vous sollicite de faire aujourd’hui.

Vous pouvez condamner un homme ; vous pouvez condamner un crime : vous ne pouvez plus condamner une idée.

Vous ne pouvez que la discuter et la réfuter, si c’est possible.

Rassurez-vous, Messieurs les Jurés, et ne vous faites pas un monstre de l’idée de M. Grave. Cette idée n’est pas le champignon dont vous parlait tout à l’heure M. l’avocat général, et qui serait éclos, sans racine, dans un délire fin-de-siècle. Elle n’est pas récente. Elle est vieille de deux cents ans. Non seulement M. Grave n’a pas enrichi par ses bombes le martyrologe bourgeois, mais il n’a pas même enrichi par son livre le répertoire intellectuel de l’humanité.

Quelle est donc l’idée de M. Grave ?

Elle se résume en deux propositions :

1o Si l’homme est mauvais, la faute en est imputable à l’outillage social. Détruisons cet outillage : l’homme deviendra bon ;

2o Pour prévenir le retour de l’outillage social, il faut arriver à l’élimination complète du principe d’autorité.