L’élimination complète du principe d’autorité et des institutions, des pouvoirs qui le manifestent : voilà le moyen et la fin de l’anarchie scientifique dont le but est la réalisation du bonheur commun par la suppression de la concurrence et l’harmonie des intérêts.

Je ne discute pas. Je ne réfute pas : j’expose.

Est-ce nouveau, cela ?

Prenez Rabelais et lisez la description de l’abbaye de Thélème :

Plus de gouvernement, plus de contrainte, l’individualisme substitué partout à la collectivité ; et au-dessus de la porte, pour principe, la loi unique : Fais ce que veulx — c’est-à-dire : Fais ce que dois, puisque, par hypothèse, l’homme étant devenu bon, son vouloir désormais se confond avec le devoir.

Ouvrez Voltaire : son héros Candide visite l’Eldorado, l’Éden rêvé par l’esprit du philosophe. C’est comme l’abbaye de Thélème : pas de lois, pas de contrainte ; l’harmonie, le bonheur partout.

« Candide demanda à voir la cour de justice, le Parlement ; on lui dit qu’il n’y en avait point et qu’on ne plaidait jamais : il s’informa s’il y avait des prisons, et on lui dit que non. »

Proudhon, dans les temps modernes, précise cet idéal, l’arrache au pays des rêves, le fixe dans celui des idées positives.

Ouvrez l’Encyclopédie générale de M. Ranc au mot Anarchie.

M. Ranc rappelle d’abord la théorie formulée ainsi par Condorcet :