Ceci, bon ou mauvais, ceci, c’est la Pensée humaine.

Ne mettez pas la Pensée en prison.

Toujours elle s’échappe.

Ne cherchez pas à tuer la Pensée : elle ressuscite toujours !

Voyez ! On l’a pendue à tous les gibets, on l’a clouée à tous les piloris : elle a éclairé tous les gibets de ses rayons, elle a illuminé tous les piloris du feu de ses auréoles !

On l’a décapitée, brûlée, torturée, crucifiée ! Dans des enceintes très semblables à la nôtre, des magistrats, vêtus des mêmes pourpres et coiffés des mêmes bonnets que M. l’avocat général, l’ont écrasée sous les mêmes foudres sociales, en des périodes meurtrières bercées par les mêmes inflexions de voix, rythmées par les mêmes balancements de gestes, car, au milieu des évolutions, des révolutions, des cataclysmes, quand tout change et quand tout craque, l’immobile justice humaine, cette éternelle victorieuse de la veille qui est toujours la vaincue du lendemain, garde le même geste et la même physionomie !

Pour la Pensée, la Conciergerie est l’antichambre du Panthéon !

Et les magistrats ne peuvent plus sortir sans croiser la statue d’une de leurs victimes !

On croyait étouffer la Pensée : la Pensée est rayonnante !

Chaque jour, au coin des carrefours, sur les places publiques, les Étienne Dolet, couronnés d’immortelles, sourient aux clartés matinales qui saluent le réveil de Paris !