«Combien est sage cette maxime, Avant d'avoir entendu les deux parties, ne jugez pas! Car c'est toi maintenant qui me parais de beaucoup l'emporter. Aussi ma colère s'apaise, et je vais déposer les armes. (À Philocléon:) Allons, compère, laisse-toi gagner à ses discours, fais comme nous, ne sois pas trop farouche, trop récalcitrant, et trop indomptable. Plût au ciel que j'eusse un parent ou un allié qui me fît de pareilles propositions! C'est quelque dieu, évidemment, qui te protège en cette occasion et te comble de ses bienfaits: accepte-les sans hésiter.»
Mais le caractère forcené du vieux juge ne se dément point encore.—«Demande-moi tout, dit-il, hors une seule chose!—Laquelle?—Que je cesse de juger. Avant que j'y consente, j'aurai comparu devant Pluton!» Racine traduit, ou à peu près, la suite:
BDÉLYCLÉON—LÉANDRE.
Si pour vous sans juger la vie est un supplice,
Si vous êtes pressé de rendre la justice,
Il ne faut point sortir pour cela de chez vous:
Exercez le talent et jugez parmi nous.
PHILOCLÉON—PERRIN-DANDIN.
Ne raillons point ici de la magistrature:
Vois-tu? je ne veux point être juge en peinture.
BDÉLYCLÉON—LÉANDRE.
Vous serez, au contraire, un juge sans appel,
Et juge du civil comme du criminel.
Vous pourrez tous les jours tenir deux audiences.
Tout vous sera, chez vous, matière de sentences:
Un valet manque-t-il de rendre un verre net?
Condamnez-le à l'amende, ou, s'il le casse, au fouet.
PHILOCLÉON—PERRIN-DANDIN.
C'est quelque chose. Encor passe quand on raisonne.
Et mes vacations, qui les paira? Personne?