Une série de scènes parfois licencieuses, souvent gracieuses et toujours comiques, nous montre trois vieilles femmes successivement disputant à une jeune fille la possession d'un beau jeune homme;—ce sont les vieillards de Suzanne retournés, ou la femme de Putiphar multipliée en trois personnes.—La première vieille s'écrie:

Qu'il vienne à mes côtés, celui qui veut goûter le bonheur! Ces jeunes filles n'y entendent rien: il n'y a que les femmes mûres pour connaître l'art de l'amour! Nulle ne chérirait comme moi l'amant qui me posséderait! Les jeunes filles sont des coquettes!

LA JEUNE FILLE.

Ne dis pas de mal des jeunes filles! c'est dans les lignes pures de leurs jambes fines et de leur jeune sein que fleurit la volupté; mais toi, vieille, tu es là étalée et embaumée comme pour tes funérailles, amante de la mort!

La vieille cependant tient bon, ayant la loi pour elle: «Les femmes ont décidé que, si un jeune homme désire une jeune fille, il ne pourra la posséder qu'après avoir satisfait une vieille.» Dura lex, sed lex! La vieille, à cheval sur son droit, prétend user, et en long et en large, du bénéfice que la loi lui confère. Pas moyen de lui échapper! Cruelle vieille! il faut en passer par là! pauvre jeune homme!

En vain la belle fille vient en aide au garçon, et continue d'apostropher la vieille qui se cramponne à lui: «Allons donc, vieille! il est trop jeune pour toi; tu serais sa mère! songe à Œdipe[121]!»

En vain aussi le jeune homme déclare qu'il n'a pas besoin de vieux cuir.—S'échappant des mains de la première vieille, il tombe dans celles de la seconde, et de celle-ci dans la troisième: c'est pis que Charybde et Scylla, ici il y a trois monstres et trois gouffres!

LA DEUXIÈME VIEILLE.

C'est moi qu'il doit suivre, d'après la loi!

LA TROISIÈME VIEILLE.