Encore avons-nous dû omettre toutes sortes de joyeusetés où éclate impétueusement la fantaisie d'Aristophane, qui n'a d'égale que celle de Rabelais ou celle de Shakespeare. Pour ne citer qu'un seul détail, le menu du repas public est donné en six vers qui ne font qu'un seul mot; mais ce seul mot énumère tous les mets, et ces noms de mets sont soudés ensemble et forment soixante-dix-sept syllabes! Je le transcris, pour en donner l'idée:
Lepadotemachoselachogaleo—
Cranioleipsanodrimypotrimmato—
Silphioprasomelitocatakechymeno—
Kichlepicossyphophattoperistera—
Lectryonoptenkephalokinclope—
Leiolagôosiraiobaphétraganopterygôn.
Ouf!… Un tel mot vaut un discours; c'est une carte de restaurateur; cela signifie à peu près:
«Huîtres, salaisons, turbots, têtes de squales, silphium à la sauce piquante, assaisonné de miel, grives, merles, tourterelles, crêtes de coq grillées, poules d'eau, pigeons, lièvres cuits au vin, tendons de veau, ailes de volaille.»
Pour dire un pareil mot tout d'une haleine, il faudrait être Grandgousier, Gargamelle ou Gargantua. Il me rappelle les chefs-d'œuvre de la gastronomie allemande et particulièrement les principes de la composition du Saucissenkartoffelbreisauerkrautkrantzwurst. Formidable couronnement de l'édifice culinaire allemand, ce mets est surmonté d'une guirlande de boudins et d'andouilles; une corniche de choucroute, entrelacée de betteraves confites au sel, forme un anneau qui repose sur une coquille de saucisses et de saucissons fumés et rôtis sur le gril. Des ornements, imitant lourdement le travail des orfèvres, contournent la coquille et sont composés de sept espèces de boudins, pour les noms desquels nous renvoyons le lecteur au fameux Kochbuch, composé par un professeur de chimie de Heidelberg. Une purée de pois, flanquée de boules de pommes de terre, s'agite à la base du mets, qui s'élève magistralement assis sur une vaste croûte de pâté. Il est arrosé de haut en bas avec de l'eau-de-vie de pommes de terre, et enduit d'une couche épaisse de sirop de groseilles. Puis, on l'allume et on le place flambant sur la table.
Il y a aussi un Noël populaire de la Bresse qui pourrait être cité ici
(Voir les Chansons populaires des provinces de France, notices par
Champfleury, p. 41 et 42).
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En somme, la comédie des Femmes à l'Assemblée nous fait voir une fois de plus qu'il n'y a point d'idée si sérieuse que la comédie ne puisse atteindre, pour la faire tomber sous le ridicule, ou la contrôler par la raillerie, ou la faire triompher par le bon sens.
PLUTUS.
Plutus, en grec Ploutos, c'est à dire Richesse, mais Richesse au masculin, le bonhomme Richesse; c'est quelque chose comme le seigneur Capital, qu'on a, de notre temps, mis sur la scène; ou le dieu Trésor chez les Latins.