«Non pas qu'on prenne plaisir à l'infortune d'autrui, mais parce que la vue des maux dont on est exempt a sa douceur.»
À peu près de même l'auteur de Gil Blas nous montre son héros se dépouillant de toute sensibilité humaine dès qu'il a fait fortune et qu'il est à la cour. «Avant que je fusse à la cour, dit Gil Blas dans sa naïve confession, j'étais compatissant et charitable de mon naturel; mais on n'a plus, là, de faiblesse humaine, et je devins plus dur qu'un caillou. Je me guéris aussi, par conséquent, de ma sensibilité pour mes amis; je me dépouillai de toute affection pour eux…»
Ainsi fait Dicéopolis. Il ne songe qu'à se réjouir, et ne veut pas donner un brin de son bonheur.
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Un garçon de noces vient aussi, de la part d'un nouveau marié, lui demander une goutte de ce baume admirable, élixir de félicité! Le nouvel époux voudrait bien, au lieu de partir pour la guerre, passer chez lui sa nuit de noces!—«Non! répond Dicéopolis, je ne donnerais pas une goutte de paix, fût-ce pour mille drachmes!»
Une matrone vient faire la même prière, de la part de la mariée. Elle brûle, cette pauvre petite mariée, de garder pour elle, au logis, tout ou partie de son époux!—Que veux-tu dire? réplique Dicéopolis.—Alors la matrone lui parle à l'oreille. Et le peuple de rire! Et Dicéopolis de même. Il a ri, il est désarmé. «Allons! dit-il, je vais lui en donner une goutte! pour elle seule! parce qu'elle est femme et ne doit pas souffrir des maux de la guerre!»
Et il donne avec le flacon la manière de s'en servir, qui est encore une polissonnerie.
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Un dénoûment en antithèse, on ne peut plus bouffon, achève de rendre sensible à tous l'idée du poëte, les maux de la guerre et les avantages de la paix:
Le général Lamachos est obligé d'aller se mettre à la tête de l'armée, pendant que Dicéopolis va se mettre à table. L'un demande son casque, l'autre crie qu'on apporte le civet. Il y a là un cliquetis de répliques, vers par vers.