Qu'ont-ils fait, direz-vous, pour un pareil supplice?
Ont-ils tué leurs rois, ou renversé leurs dieux?
Non. Ils ont comparé deux esclaves entre eux;
Ils ont dit que Solon comprenait la justice
Autrement qu'à Paris les préfets de police,
Et qu'autrefois en Grèce il fut un peuple heureux.

Pauvres gens! c'est leur crime; ils aiment leur pensée,
Tous ces pâles rêveurs au langage inconstant:
On ne fera d'eux tous qu'un cadavre vivant.
Passez, Américains, passez tête baissée;
Et que la liberté, leur triste fiancée,
Chez vous du moins, au front les baise en arrivant.

L'invraisemblance de cette fiction d'Alfred de Musset, c'est qu'Aristophane, parfait réactionnaire, loin de blâmer les lois de septembre, y aurait peut-être applaudi, réclamant pour lui seul et pour ses partisans ce que nos cléricaux appellent subtilement la liberté du bien.

* * * * *

La parabase aurait aujourd'hui fort à faire et fort à dire sur toutes sortes de sujets, pour un Aristophane progressiste; mais peut-être l'archonte éponyme refuserait-il au poëte un chœur.

À dire vrai, la parabase n'était possible que dans la comédie attique ancienne, essentiellement libre, démocratique et militante, au milieu de toutes les sortes d'enthousiasmes orgiaques.

Quoique contraire, en apparence et selon nos idée modernes, à la nature même de la fiction dramatique, la parabase était si bien l'âme de la comédie ancienne que sitôt qu'on l'en eût arrachée violemment par un décret de l'autorité, cette comédie n'eut plus qu'à périr.

Et alors, en effet; comme la guêpe à qui vous arrachez son aiguillon, elle mourut.

CONCLUSION.

J'ai essayé de faire voir comment la comédie d'Aristophane, qui au premier coup d'œil paraît si folle, cache ordinairement un dessein sérieux sous cette apparente folie. Au fond, elle traite les questions politiques, ou sociales ou littéraires; mais elle les traite à sa façon et par les procédés qui lui sont propres, par la bouffonnerie et par la fantaisie, tantôt drôlatique; tantôt gracieuse, souvent obscène.