Donne la main, Pauline. Apportez des liens:
Immolez à vos dieux ces deux nouveaux chrétiens.
Je le suis, elle l'est, suivez votre colère.
Corneille a voulu nous montrer par là combien sont puissants sur des cœurs, bons du reste et pitoyables, l'exemple du courage et la vertu du sacrifice.
Il nous a montré surtout, dans tout le cours de la pièce, ce que c'est qu'être attaché à sa foi, ce que c'est qu'avoir l'horreur des hypocrisies, des lâchetés, des défaillances de conscience. Nous n'aurons pas sans doute l'occasion de proclamer nos convictions au risque de notre vie, ni avec de grands éclats, comme Polyeucte. Mais nous aurons mille occasions de pratiquer le respect de nous-mêmes; nous aurons à triompher de cette fausse honte, ridicule et basse, qui nous porte à dissimuler une bonne pensée quand nous la voyons dédaignée ou raillée autour de nous. C'est alors qu'il faut nous rappeler Polyeucte, et, en bravant les petits martyres de la vie commune, qui sont les moqueries des méchants et les mépris des sots, montrer un peu de son courage et de son élévation de caractère.
CHAPITRE VIII.
NICOMÈDE.
Il faudrait que tous les Français lussent Nicomède et en apprissent par cœur les plus beaux passages. C'est celle des tragédies de Corneille qui est la plus capable d'élever notre âme, et de nous enseigner une chose difficile à bien savoir, l'attitude qui convient à des vaincus.
Partout ailleurs Corneille nous montre l'amour de la patrie. Mais aimer son pays puissant et glorieux n'est pas une chose difficile; un peu de fierté y suffit; c'est aimer son pays abaissé et vaincu qui est la vraie marque d'un bon cœur et d'un pur patriotisme.