Je ne m'éblouis point de cette illusion.

Je connais le tyran, j'en vois le stratagème;

Quoi qu'il semble promettre, il est toujours lui-même.

Vous qu'à sa défiance il a sacrifié

Jusques à vous forcer d'être son allié...

Pompée est battu. Il n'a plus de corps de réserve à faire donner, et même il est forcé dans ses derniers retranchements. On lui a montré qu'il est un peu la dupe de Sylla, et tout à fait son prisonnier. Ainsi finit cette entrevue entre le lion et le renard.


Je vous ai cité toute cette scène, mes chers amis, d'abord parce qu'elle est très belle, bien entendu, ensuite parce que vous entendrez dire quelquefois que Corneille est souvent une espèce d'avocat dans ses tragédies, qu'il y fait de grands discours, et même des discours qui sentent le tribunal et la chicane, qu'il plaide enfin.

C'est très vrai, cela. Corneille aime à plaider envers, et plaide bien. Mais il ne faut peut-être pas lui en faire un très grand reproche, parce que, quand il met en présence deux de ses personnages comme deux avocats, ce n'est pas au meilleur avocat qu'il fait gagner le procès, c'est à la meilleure cause.

Dans la scène de tout à l'heure, le talent d'avocat, l'habileté, l'adresse, l'amabilité insinuante, et les ressources des mouvements tournants, c'est Pompée qui a tout cela. Sertorius va droit devant lui, dans sa pleine franchise, et le mouvement rude et fort de sa passion pour le bien. Et qui est battu? c'est Pompée. Qui s'en va intact, et victorieux, et assez dédaigneux? c'est Sertorius.