Il n'est pas défendu d'être habile. Mais Corneille sait très bien que la plus grande habileté humaine, c'est encore de penser toujours la même chose, une fois qu'on se sent dans le vrai, et que, contre cette obstination tranquille dans une idée juste, tout vient se briser, sans même qu'on mette grand effort dans la résistance. Remportez souvent de ces victoires-là.

Hélas! c'est la dernière que Sertorius aura remportée.

La vertu donne la bonne réputation toujours, la gloire quelquefois, l'influence sur les hommes souvent, la fierté d'une bonne conscience et la paix du cœur infailliblement. Elle ne donne pas toujours le succès définitif. Il n'importe; et Corneille, comme je vous le disais au commencement, a voulu justement prouver qu'il n'importe pas. Sertorius meurt au moment du triomphe de ses idées, ou, du moins, au moment où ce qu'il déteste le plus au monde, la tyrannie, va disparaître.

La proposition de Sylla n'était pas un piège. Sylla, réellement, voulait abdiquer, et, de fait, on apprend qu'il abdique. Mais, en même temps, on apprend que Sertorius a été tué. Perpenna, un de ses lieutenants, jaloux de lui, le trahissait. Il l'a fait périr. Il vient s'en faire honneur devant Viriate, en l'assurant qu'il a commis cette lâcheté par amour pour elle:

PERPENNA, à Viriate.

Sertorius est mort: cessez d'être jalouse,

Madame, du haut rang qu'aurait pris son épouse,

Et n'appréhendez plus, comme de son vivant,

Qu'en vos propres Etats elle ait le pas devant.