Vous choisirez, seigneur; ou si votre alliance

Ne peut voir mes Etats sous ma seule puissance,

Vous n'avez qu'à garder cette place en vos mains,

Et je m'y tiens déjà captive des Romains.

On est digne, quelquefois, de comprendre les sentiments qu'on est capable d'inspirer. Pompée, qui plus tard laissera à une Cornélie le souvenir ineffaçable de lui-même, comprend tout ce qu'il y a de noble dans le renoncement triste et désolé de Viriate. Il s'incline devant cette noble infortune et cette grande douleur, et répond:

Madame, vous avez l'âme trop généreuse

Pour ne pas obtenir une paix glorieuse;

A Rome l'on verra mon pouvoir abattu,

Ou j'y ferai toujours honorer la vertu.

«Honorer la vertu.» Ce n'est peut-être pas le Pompée de l'histoire qui parle ainsi; mais c'est Corneille. Quand Corneille ne couronne pas ses héros vertueux de gloire et de prospérité, il les couronne d'honneur et de respect après leur mort. Comme autour de Polyeucte, martyr de sa foi, il amenait Pauline enthousiaste et prête au sacrifice, Félix converti et repentant, Sévère respectueux et attendri: de même sur la tombe de Sertorius, martyr de son patriotisme, il réunit les deux ennemis, Viriate et Pompée, l'une vouée à un deuil éternel, l'autre respectueusement ému, dans une même pensée de regret, d'admiration, de vénération, et d'esprit de paix.