CHAPITRE XII.
LE MENTEUR.
Vous voyez ce que c'est qu'une tragédie, et comme Corneille sait en faire une belle leçon à nous enseigner la patience, la sincérité, la clémence, l'honneur, le patriotisme. Il était si plein de ces grandes idées et de ces beaux sentiments que, même dans ses comédies, il a quelquefois touché, avec autant de puissance que dans ses autres ouvrages, ces nobles pensées. Je vous ai dit que les comédies étaient des pièces de théâtre pour faire rire innocemment les honnêtes gens. Corneille sait faire rire en effet; mais il déteste tant tout ce qui est bas, que, quand il rencontre, en écrivant sa comédie, un défaut honteux, il ne peut s'empêcher de prendre sa grande voix pour le flétrir. Ainsi il a fait une comédie qui s'appelle le Menteur.
Il y a dans cette comédie un jeune homme, nommé Dorante, un étudiant, qui n'est pas du tout un mauvais cœur, mais qui est léger et étourdi, et qui aime à inventer des histoires, un peu pour s'amuser, parce qu'il a l'imagination vive, un peu par vanité, et pour faire admirer les étonnantes aventures par où il veut faire croire qu'il a passé. Il arrive à Paris, et quelqu'un lui fait comprendre ce qu'est cette grande ville où il entre:
Connaissez mieux Paris, puisque vous en parlez.
Paris est un grand lieu plein de marchands mêlés:
L'effet n'y répond pas toujours à l'apparence;
On s'y laisse duper autant qu'en lieu de France;
Et parmi tant d'esprits plus polis et meilleurs,