«.... Où trouvera-t-on un poète qui ait possédé à la fois tant de grands talents, tant d'excellentes parties, l'art, la force, le jugement, l'esprit? Quelle noblesse, quelle économie dans les sujets! Quelle gravité dans les sentiments! Quelle dignité et en même temps quelle prodigieuse variété dans les caractères! Parmi tout cela une magnificence d'expressions proportionnée aux maîtres du monde qu'il fait souvent parler; capable néanmoins de l'abaisser quand il veut, et de descendre jusqu'aux plus simples naïvetés du comique, où il est encore inimitable... Personnage véritablement né pour la gloire de son pays... Aussi, lorsque, dans les âges suivants, on parlera avec étonnement des victoires prodigieuses et de toutes les grandes choses qui rendront notre siècle l'admiration des siècles à venir, Corneille, n'en doutons point, Corneille tiendra sa place parmi toutes ces merveilles.... Il aimait, il cultivait les exercices de l'Académie: il y apportait surtout cet esprit de douceur, d'égalité, de déférence même, si nécessaire pour entretenir l'union dans les compagnies. L'a-t-on jamais vu se préférer à aucun de ses confrères? L'a-t-on jamais vu vouloir tirer aucun avantage des applaudissements qu'il recevait dans le public? Au contraire, après avoir paru en maître, et, pour ainsi dire, régné sur la scène, il venait, disciple docile, chercher à s'instruire dans nos assemblées, et laissait ses lauriers à la porte de l'Académie......»


CONCLUSION.
CORNEILLE DEVANT LA POSTÉRITÉ.

La postérité, comme le disait Racine, a ratifié le jugement de ses contemporains sur Corneille. Elle a même été plus loin qu'eux. Nous avons pour notre vieux poète une de ces admirations qui tiennent du respect et notre culte envers lui ne s'est jamais refroidi. Les hommes de son temps l'ont appelé le Grand Corneille. Nous lui avons conservé ce titre, et nous y avons ajouté quelque chose qui est peut-être plus flatteur encore.

Quand nous nous trouvons en présence d'un grand homme de bien, au cœur vaillant et ferme, dédaigneux des périls, et ne se souciant que de sa conscience, nous disons de lui que c'est un héros de Corneille. Quand nous lisons ou entendons une grande parole, pleine de fierté, vigoureuse et franche, nous disons que c'est un mot cornélien, une phrase cornélienne, un vers cornélien.

Voilà le plus grand honneur peut-être qu'un homme puisse acquérir: laisser son nom dans la langue de son pays avec une signification telle que ce qu'il y a de plus élevé et de meilleur dans l'âme humaine ne se puisse exprimer que par ce mot. C'est un honneur pour l'homme, c'est un honneur aussi pour le pays. Il ne faut pas désespérer d'un peuple qui a produit des Corneilles, et qui n'a jamais cessé de les admirer. Il a conservé quelque chose de leur mâle génie, de leur cœur héroïque et simple. Corneille est Français; la France aussi est cornélienne.

FIN.