J'ai vu dans tes hameaux la plaintive misère,
La mendicité blême, et douleur amère.
Le Jeu de Paume, qui a du souffle, et, quoique trop long et surchargé, une certaine grandeur de composition, est bien difficile à goûter de nos jours. Il nous faudrait nous faire le tour d'esprit de Casimir Delavigne pour admettre ces apostrophes multipliées: «O France!... ô Raison!... ô soleil!... ô jour!... ô peuple!... hommes!... Salut, peuple français...»; ou cet emploi vraiment indiscret de l'interrogation:
Aux bords de notre Seine
Pourquoi ces belliqueux apprêts?
Pourquoi vers notre cité reine,
Ces camps, ces étrangers, ces bataillons français...?
De quoi rit ce troupeau?.......
Et l'on souffre encore de tant de souvenirs mythologiques mal accommodés à la description de scènes révolutionnaires. Rien de plus étrange, je veux dire rien de plus naturel aux yeux des contemporains, que ce Tiers-Etat comparé à Latone «déjà presque mère» courant la terre pour «mettre au jour les dieux de la lumière», et dont la salle du Jeu de Paume «fut la Délos».
L'Hymne sur les Suisses de Châteauvieux a un début éloquent et d'une redoutable ironie; mais voilà bientôt que la mythologie et les réminiscences classiques viennent tout refroidir et tout gâter, jusque-là qu'il faut que les Suisses de Collot d'Herbois remplacent dans le ciel la chevelure de Bérénice, parce que les poètes chantaient autrefois la chevelure de Bérénice et qu'ils chantent maintenant les Suisses de Châteauvieux. C'était le bel air des choses en ce temps-là. Dans une ode sur le vaisseau le Vengeur, le fils de Calliope devait apparaître, au sommet glacé de Rhodope. Rien de plus glacé. Mais c'était la poésie élevée, noble, et non «familière», telle qu'on la comprenait autour de Chénier. Il prenait Lebrun pour son maître, et Marie-Joseph Chénier pour son frère. Mais en vérité, quand il se donnait tant de mal pour écrire dans le grand goût, il réussissait à se tourner le dos à lui-même.