J'ai dit, il y a longtemps, qu'un jour viendrait où il n'y aurait plus que les femmes qui feraient des romans et des vers et que les hommes n'écriraient que des choses d'un caractère scientifique. Il ne viendra pas, ce temps-là, tout à fait, et je ne voudrais pas qu'il vînt. Le grand poète élégiaque, le Catulle ou le Musset, ne pourra pas s'empêcher d'être grand poète élégiaque et, certes, tant mieux! Le grand romancier, le Dickens, le Tolstoï ou le Balzac ne pourra pas obtenir de lui qu'il ne soit pas grand romancier et, Dieu merci, qu'il le soit! Mais la production courante et d'une bonne moyenne, en petits vers aimables et en romans touchants, qu'elle devienne chose féminine et presque privilège féminin, c'est plutôt à souhaiter, et je me trompe fort si ce n'est pas cela qui va arriver.


[UN AMI DES FEMMES AU XVIIIe SIÈCLE]

M. Henri Lion a ressuscité le Président Hénault qui était un peu enterré. Il a fait sur lui quelque chose comme un article de revue, un peu long, qui est devenu, sans délayage et au contraire avec beaucoup de rapidité et d'aisance et de sobriété de style, un juste volume de 400 pages.

Il y a de l'inédit! Vous voilà en repos du côté de votre conscience. Puisqu'il y a de l'inédit, vous pouvez lire ce livre et M. Lion avait le droit de l'écrire. Il y a un certain nombre de lettres et de dissertations du Président, que M. Lion a trouvées, soit à la Bibliothèque de l'Arsenal, soit dans les archives du château de Carrouges, chez un des descendants du fameux président.

Il y a—ouvrez les oreilles—onze lettres inédites de Voltaire, toutes amusantes, puisqu'elles sont de Voltaire, et dont quelques-unes (discussions avec le Président sur le Siècle de Louis XIV alors sur le chantier, ou sur l'affaire Calvin et Servet—de haut goût et de rude ton celle-là) sont tout simplement du plus grand intérêt littéraire et historique.

En dehors de l'inédit, il y a dans ce volume de jolis vers du Président, que personne ne lisait plus, dispersés qu'ils étaient, ou réunis, incomplètement du reste, dans un recueil posthume qui était très oublié lui-même.

Il y a encore et surtout des pensées et maximes, absolument inconnues de tout le monde, dont quelques-unes, et plus que quelques-unes, croyez-en un homme qui est coiffé de La Rochefoucauld, sont parfaitement dignes de M. le Prince de Marsillac. Mon Dieu! jugez-en. En voici quatre ou cinq:

«Les colères des amants sont comme les orages d'été, qui ne font que rendre la campagne plus verte et plus brillante.»