—Elle n'est pas élégante.

—Peu.

—Elle n'a pas d'esprit.

—Non, pas beaucoup.

—Eh bien, alors? Quoi donc?

—Je vous assure qu'elle écoute bien.»

Les poètes ont besoin d'être écoutés, parce qu'ils sont des femmes. Les femmes n'ont pas de besoin plus vif que d'être écoutées avec complaisance; et aussi longtemps qu'elles parlent, c'est-à-dire avec patience, et aussi souvent qu'elles se répètent, c'est-à-dire avec une patience sans limites. L'injure qu'une femme ne pardonne jamais, c'est: «Vous me l'avez déjà dit»; et précisément parce qu'on a toujours à le leur dire, c'est ce qu'elles ne permettent pas que jamais on fasse mine seulement de vouloir dire ou d'en avoir envie.

De là (avez-vous remarqué?) le joli mot de l'ancien temps, «attentif». Être «attentif» auprès d'une femme, cela voulait dire lui faire la cour, parce qu'il n'y a pas de procédé plus habile et plus sûr pour faire la cour à une femme que de l'écouter.

Le Président Hénault savait écouter les femmes. A la vérité cela explique sa vie littéraire. Il n'a laissé que quelques petits vers, quelques dissertations et un abrégé chronologique. Cela s'entend: quand on a pris l'habitude d'écouter les femmes, on a beau être un historien très informé et vivre quatre-vingt-dix ans, on ne peut laisser qu'un abrégé chronologique. L'étonnant même, c'est qu'on en laisse un.