Car il s'agira de ne pas se tromper. Il y aura Tendre-sur-estime, qui évidemment sera permis; il y aura Tendre-sur-inclination, qui sera peut-être toléré; il y aura Tendre-sur-conformité-de-goûts, qui sera peut-être admis encore; et, par exemple, il me semble que vous ne sauriez condamner une ligueuse qui, «abhorrant le mariage», se plaira dans la conversation d'un gentleman qui aura le mariage en horreur; et pourtant, songez-y, c'est déjà une manière d'être trop d'accord.
Mais si nous arrivons à Tendre-sur-coquetterie, à Tendre-sur-mélancolie et à Tendre-sur-langueur, il est clair que l'amende s'impose.
Mais encore avisez les villages, très célèbres, probablement à cause des batailles qui y ont été données, de Complaisance, de Billets doux et de Petits soins. Que dites-vous de Complaisance? Encourt-elle l'amende, celle qui s'y est arrêtée? Vous me direz: «Cela dépend de la longueur du séjour.» Ah! sans doute! mais c'est terriblement difficile à définir et délimiter.
Billets doux est moins difficultueux. Cinq livres d'amende. Et encore si ce billet doux était ironique? Renvoyé à Coquetterie. Oh! ça abonde en difficultés.
Petits soins. Ah! je vous attendais à Petits soins. Petits soins est-il dans le département de l'amitié ou dans le département de l'amour? Je vous défie bien, vous qui vous croyez malignes, de me le dire précisément. Petits soins est évidemment sur les limites du département de l'amour et du département de l'amitié. Y a-t-il lieu à amende? Ou bien, pour prendre une autre métaphore géographique, Petits soins est sur deux rivières, dont l'une conduit de l'amitié à l'amour et dont l'autre ramène de l'amour à l'amitié.
Et voilà, je crois, qui est exact, et voilà, je crois, qui est aussi embarrassant qu'il est exact et aussi difficultueux qu'il est incontestable.
Croyez-vous que vous vous tirerez de tout cela? Mais, Mesdames, vos procès seront interminables: ils seront toujours à reprendre et à reviser, d'autant plus qu'il y aura toujours quelques faits nouveaux. Votre article sur les infractions est gros de toutes les complications, de toutes les complexités, de tous les contentieux et de toutes les discussions possibles.
Or, et c'est peut-être là que j'en voulais venir; or, à discuter toutes ces questions épineuses, à poser tous ces cas difficiles, à démêler tous ces écheveaux embarrassés, de vos doigts du reste agiles, savez-vous ce qui arrivera? C'est que vous passerez votre vie à parler d'amour!
Voyez-vous bien comme on n'y échappe point! Vous formez une ligue contre l'amour, et siégeant au contentieux et au conseil disciplinaire, elle aura pour principale occupation et même, ce me semble, pour unique emploi, d'analyser des questions d'amour, de discuter des questions d'amour et de distinguer, à grand renfort de face-à-main, le point précis où finit l'amitié et où commence l'amitié amoureuse. C'est un résultat inattendu et nécessaire, imprévu et inévitable.
—Et pénible?—Eh! eh! Je ne sais pas trop. Les femmes peuvent renoncer à l'amour, lutter contre l'amour, partir en croisade contre l'amour, faire à l'amour une guerre d'extermination, mais à la condition de s'en occuper sans cesse; et ce sera votre cas; et il est très probable que cela ne vous sera pas désagréable. Les femmes s'occuperont toujours d'amour, alors même et surtout alors qu'elles le maudiront. Ce n'est qu'une manière détournée et plus piquante de s'en entretenir. La ligue pour développer l'indifférence des femmes à l'égard des hommes sera tout ce qu'on voudra, hostile, justicière, vengeresse, exterminatrice, tout, excepté «indifférente». Elle aura pour devise ostensible: «Qu'il ne soit plus question d'amour», et pour pensée de derrière la tête: «Nous n'en voulons pas; mais qu'il en soit question toujours.»