Et voulez-vous que je vous dise? Sainte-Beuve est ici représentatif de l'humanité, comme un surhomme d'Emerson; et il n'y a peut-être pas un homme qui sur cette affaire ne soit, plus ou moins, partagé et presque déchiré comme l'était Sainte-Beuve.

Non, il n'y en a peut-être pas un.

Et moi-même...

Cependant je ne crois pas.


[VOLTAIRE ET LES FEMMES]

Voltaire est en exécration auprès des femmes, parce qu'il a dit du mal de Jeanne d'Arc, dans le plus pitoyable, du reste, de tous les livres prétendument gais. Mais il ne faudrait pas le juger uniquement sur ce livre-là. Il a eu des idées justes, en général, sur les femmes; il a été apprécié et aimé par des femmes très distinguées, Mme la duchesse du Maine, Mme la marquise du Châtelet, Mme du Deffand, sans vouloir tout à fait omettre Mme de Pompadour, qui a été, à mon avis, extrêmement surfaite, mais qui n'était pas sans mérite, ni Mme d'Epinay, dont je dirai à peu près la même chose, avec, si vous voulez, un bon point de plus.

Les passages, non pas très nombreux, où le peu «féministe» et très peu «fémineux» Voltaire dit en passant son avis sur les femmes, sont intéressants à relever. Je ne les relèverai pas tous, du reste. Il suffit des plus significatifs.

Sur les «femmes savantes» d'abord, et c'est toujours ce point-ci qui attire avant tout l'attention, voici ce que le cardinal de Bernis écrivait le 20 juillet 1762 à Voltaire: «A l'égard de Paris, je ne désire d'y habiter que quand la conversation y sera meilleure, moins passionnée, moins politique. Vous avez vu de notre temps [c'est-à-dire du temps que Voltaire était à Paris, vers 1730], que toutes les femmes avaient leur bel esprit, ensuite leur géomètre, puis leur abbé Nollet [c'est-à-dire leur physicien]. Aujourd'hui on prétend qu'elles ont toutes leur homme d'État, leur politique, leur agriculteur, leur duc de Sully. Vous sentez combien tout cela est ennuyeux et inutile: ainsi j'attends sans impatience que la bonne compagnie reprenne ses anciens droits, car je me trouverais très déplacé au milieu de tous ces Machiavels modernes...»