Que de fois je l'ai entendue dire à mistress Brian:—«Avant tout, tante, je veux être fière de mon mari... Je veux, dès que je prononcerai son nom, devenu le mien, lire dans les yeux l'admiration et l'envie, et qu'autour de moi on murmure: Etre aimé d'un tel homme c'est le bonheur!...»
Il hocha la tête, et d'un ton grave:
—Je m'interrogeai, Daniel, et je compris que je réalisais le programme de miss Sarah Brandon. Et le résultat de mes réflexions fut que je serais un insensé de laisser échapper le bonheur qui passait à ma portée, et qu'il fallait me risquer...
Je m'armai donc de résolution, et c'est à sir Thomas Elgin que je m'ouvris de mes projets.
Je renonce à vous décrire la stupeur de cet honorable gentleman.
«—Vous plaisantez, me dit-il tout d'abord, et votre plaisanterie m'afflige!»
Mais quand il vit que jamais je n'avais parlé plus sérieusement, lui, d'un flegme si imperturbable, il se fâcha tout rouge... Et morbleu! si par impossible j'étais malheureux en ménage, ce n'est pas à lui que je devrais m'aller plaindre.
Mais je faillis tomber de mon haut, quand froidement il me déclara qu'il ferait son possible pour empêcher ce mariage... C'est qu'il n'en voulait pas démordre, et ce ne fut pas trop de toute mon adresse pour ébranler sa résolution. Et même, après plus de deux heures de discussion, tout ce que je pus obtenir fut qu'il resterait neutre, et qu'il laisserait à mistress Brian la responsabilité d'un consentement ou d'un refus.
Il riait, M. de la Ville-Handry, il riait de tout son cœur, sans doute en se rappelant sa discussion avec sir Elgin et sa triomphante habileté.
—Donc, reprit-il, je m'adressai à mistress Brian... Ah! elle n'y alla pas par quatre chemins... Dès les premiers mots, elle m'appela, Dieu me pardonne! vieux fou, et carrément elle me pria de ne me plus représenter rue du Cirque.