Je voulus insister... Inutile. Elle ne voulut seulement pas m'entendre, la vieille puritaine, et comme je devenais pressant, elle me salua d'une belle révérence et sortit, me laissant seul et fort penaud au milieu du salon.
Pour ce jour-là, je n'avais qu'un parti à prendre... me retirer. C'est ce que je fis, comptant qu'un entretien avec sa nièce changerait ses dispositions. Point. Le lendemain, quand j'arrivai rue du Cirque, les domestiques me dirent que sir Thomas Elgin était sorti, et que mistress Brian et miss Sarah venaient de partir pour Fontainebleau.
Le lendemain, nouvelle défaite, et ainsi, pendant une semaine, je trouvai la porte close.
L'inquiétude me prenait, quand un commissionnaire, un matin, m'apporta une lettre... C'était miss Sarah qui m'écrivait...
Elle me priait de me trouver le jour même, à quatre heures, au bois de Boulogne, près de la Cascade, ajoutant qu'elle devait sortir dans l'après-midi, à cheval, avec sir Tom, qu'elle lui échapperait et qu'elle me rejoindrait...
Vous jugez si je fus exact, et bien m'en prit, car un peu avant la demie de quatre heures, je l'aperçus, je la devinai plutôt, arrivant vers moi, son cheval lancé à fond de train...
Devant moi, elle s'arrêta court, et sautant à terre:
«—Je suis si exactement surveillée, me dit-elle, qu'aujourd'hui seulement, j'ai pu vous écrire... Cette surveillance qui m'outrage et blesse mes sentiments les plus chers, je ne la supporterai pas davantage... Me voici, emmenez-moi, partons...»
Jamais, Daniel! jamais je ne l'avais vue si adorablement belle qu'en ce moment, le teint animé par la rapidité de la course, l'œil étincelant d'audace et de passion, la lèvre frémissante... Et elle disait encore:
«—Je sais bien que je serai perdue, que vous-même, peut-être, vous me mépriserez... N'importe, partons, partons!...»