Et voilà quel enchaînement de circonstances le comte de la Ville-Handry attribuait au hasard,—à un hasard béni, ajoutait-il.
Depuis l'accident de l'honorable Thomas Elgin et l'évanouissement de miss Sarah, jusqu'à ce rendez-vous au bois de Boulogne et à ce projet d'enlèvement, tout lui paraissait simple et naturel, oui, tout, même ce fait d'une jeune mondaine s'éprenant de ses opinions politiques jusqu'à apprendre par cœur ses discours.
Daniel était abasourdi.
Qu'un homme, tel que le comte ne vit rien de l'intrigue ourdie autour de lui, cela le surpassait.
Le comte, cependant, n'était pas aveugle, à ce point de ne pas discerner quelque chose des impressions de Daniel.
Son amour-propre en fut froissé, car il fronça le sourcil, et brusquement:
—Que ruminez-vous ainsi? demanda-t-il... Voyons, ayez le courage de vos opinions: vous soupçonnez miss Brandon de calculs honteux ou de vues intéressées, à tout le moins...
—Je ne dis pas cela, monsieur, balbutia Daniel.
—Non, mais vous le pensez, ce qui est bien pis... Eh bien! moi, je puis dissiper vos injurieuses préventions... Que viserait, selon vous, miss Brandon, en m'épousant? Ma fortune, n'est-ce pas? A cela, je n'ai qu'un mot à répondre, mais il est décisif: Sarah est plus riche que moi...
Comment et à quel prix miss Brandon avait-elle su se procurer une fortune, Daniel le savait ou croyait le savoir par M. de Brévan... Aussi, ne fut-il pas maître d'un tressaillement que le comte surprit et qui l'irrita.